Ces 3 marques de montres soviétiques ont survécu à la fermeture de leur usine et se portent encore aujourd'hui

Ces 3 marques de montres soviétiques ont survécu à la fermeture de leur usine et se portent encore aujourd'hui

Mise à jour : 11 août 2026

Deux usines mythiques de l'ère soviétique ont fermé leurs portes au début des années 2000. Leurs noms de marque, eux, n'ont jamais disparu des vitrines : Aviator, Buran, Shturmanskie côté russe, Luch, Zarya et Vympel côté biélorusse continuent de produire des montres, portées aujourd'hui par des collectionneurs du monde entier qui ignorent parfois la saga industrielle derrière ces trois lettres cyrilliques transformées en logo.

À retenir

  • Une montre Shturmanskie au poignet de Youri Gagarine lors du premier vol spatial en 1961
  • Comment d'anciens ouvriers soviétiques ont créé leur propre entreprise pour sauver un savoir-faire séculaire
  • Un horloger suisse de luxe investit massivement dans la fabrique biélorusse pour relancer sa production

Moscou, 2004 : la fabrique historique met la clé sous la porte

La Première Fabrique de montres de Moscou, née en 1930 sous l'impulsion de Staline, a longtemps incarné la puissance horlogère soviétique. C'est dans ses ateliers qu'est fabriquée en 1949 la montre Shturmanskie, celle-là même que Youri Gagarine attache à son poignet le 12 avril 1961 avant d'embarquer à bord de Vostok 1. La montre référence n°8908, mécanique à 17 rubis, était fabriquée par l'usine horlogère moscovite n°1 « Kirov » qui deviendra plus tard Poljot. Une pièce d'histoire, littéralement partie dans l'espace au poignet du premier homme à quitter l'atmosphère terrestre.

La suite est moins glorieuse. En 2004, Poljot devient insolvable, victime de la concurrence du quartz asiatique et d'une gestion post-soviétique chaotique. Mais l'histoire ne s'arrête pas là : Volmax est formé par les employés de l'ex-Poljot, dès 2000, pour reprendre le flambeau. La même année, la Fabrique commence la production, pour la société Volmax, des « Stourmanskie », « Bourane » et « Aviator ». Trois marques, une seule filiation : d'anciens ouvriers qui refusent de voir un savoir-faire séculaire disparaître dans les archives.

Le sauvetage n'a rien d'un long fleuve tranquille. Une partie des machines et des lignes de production change encore de mains quelques années plus tard : en 2005, la société Maktime Watch Factory achète la ligne de production des mouvements chrono 3133 à la Fabrique Poljot en difficulté, et les ouvriers de cette ligne deviennent employés de Maktime. Résultat, un paysage éclaté où plusieurs entités se partagent l'héritage Poljot, chacune revendiquant sa part de légitimité historique. Aviator, aujourd'hui, a même pris une dimension officielle : depuis 2008, la marque Aviator est la montre officielle des Swifts, la patrouille de voltige aérienne des forces aériennes russes. Une partie de sa production a même traversé les frontières : depuis 2011, les montres Aviator ne sont plus produites à Moscou mais sur le site de la nouvelle filiale Buran SA à Porrentruy, en Suisse. Shturmanskie, elle, reste fidèle à ses racines : les montres de la marque Sturmanskie sont pour l'instant produites exclusivement sur le site de Moscou.

Minsk, la seule usine horlogère de Biélorussie sauvée in extremis

À quelques centaines de kilomètres de là, un autre drame industriel se joue selon un scénario étonnamment similaire. La fabrique de Minsk, fondée en 1953, a produit jusqu'à plus de 4,5 millions de montres par an dans les années 1980 sous les marques Luch, Zarya et Vympel. La chute du bloc soviétique la précipite dans une spirale de déclin : entre 1991 et 2005, son volume de production passe de 3,8 millions à 50 000 pièces par an. Un effondrement vertigineux, presque cent fois moins de montres produites en quinze ans à peine.

La faillite finit par tomber. L'usine est privatisée en 1996, fait faillite en 2006, puis est nationalisée en 2009. À ce moment-là, la situation est si critique qu'il ne reste presque plus rien du réseau commercial d'antan : il ne restait qu'un seul magasin Luch dans tout le pays, selon le témoignage d'un cadre de l'entreprise recueilli par le magazine spécialisé Europa Star. C'est dans ce contexte que l'État biélorusse pousse la porte du groupe horloger suisse Franck Muller, réputé pour ses garde-temps de luxe très éloignés, sur le papier, de la production de masse soviétique.

Les négociations impliquent directement le sommet de l'État. Le dirigeant biélorusse s'est personnellement impliqué dans le dossier et a pris part aux discussions avec Vartan Sirmakes, le patron de Franck Muller, affirmant que préserver la fabrique horlogère était pour lui la priorité absolue. L'accord se conclut en 2010 : en 2010, la société suisse Franck Muller International B.V. devient investisseur de l'entreprise en signant un accord d'investissement avec la République de Biélorussie, l'État biélorusse conservant environ 20 % du capital contre 80 % pour l'investisseur suisse. Depuis, le groupe suisse a investi plus de 4 millions de dollars en cinq ans pour moderniser la ligne de production et réorienter la distribution vers l'Europe de l'Ouest.

Trois marques, trois destins, une même leçon industrielle

Le résultat, aujourd'hui, ressemble à une renaissance modeste mais bien réelle. L'usine produit désormais environ 150 000 à 180 000 montres par an, propose plus de 1 700 modèles, et exporte vers quatorze pays. Les gammes historiques n'ont pas disparu : après le rachat par Franck Muller, l'usine a continué à produire ses modèles emblématiques Vympel et Zarya, tout en introduisant de nouveaux designs basés sur l'identité classique de la marque Luch. Un magasin phare a même ouvert à Minsk pour symboliser ce renouveau, inauguré en présence du patron de Franck Muller en personne.

Ce qui frappe, en creux, c'est la ressemblance des trajectoires. À Moscou comme à Minsk, ce ne sont ni des investisseurs providentiels tombés du ciel ni des plans de sauvetage étatiques classiques qui ont préservé ces marques, mais un mélange de fierté ouvrière et d'opportunisme capitaliste bien dosé. Les employés de Poljot ont créé leur propre structure pour continuer à fabriquer ce qu'ils savaient faire ; la Biélorussie a marchandé son fleuron industriel auprès d'un horloger suisse de luxe qui y a vu, sans doute, un formidable outil de production à bas coût. Dans les deux cas, ce n'est pas nostalgie pure : Aviator équipe une patrouille aérienne, Luch exporte vers l'Europe de l'Ouest. Le capitalisme a récupéré ce que le communisme avait construit, et visiblement, ça fonctionne encore.

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