Ces 3 marques de montres anglaises sont revenues d'entre les morts : la première a rouvert 40 ans après

Ces 3 marques de montres anglaises sont revenues d'entre les morts : la première a rouvert 40 ans après

Mise à jour : 11 août 2026

En 2016, Fears a rouvert ses portes à Bristol après quarante années de silence total. La marque fondée en 1846 avait fermé boutique en 1976, incapable de résister à la concurrence des montres à quartz importées à bas coût. Il aura fallu attendre qu'un descendant du fondateur, formé chez Rolex, redécouvre l'histoire de sa propre famille pour que l'enseigne renaisse. Ce cas n'est pas isolé : plusieurs manufactures anglaises, disparues ou tombées dans l'oubli, ont retrouvé une seconde vie ces dernières années, portées par des artisans obstinés à faire revivre un savoir-faire que tout le monde croyait éteint.

À retenir

  • Une manufacture disparue en 1976 a attendu 40 ans avant que quelqu'un ne redécouvre son histoire familiale
  • Une lignée horlogère remontant à 1650 a tenté l'impossible : fabriquer entièrement en Angleterre
  • Des ateliers modernes refusent la production de masse et maîtrisent des techniques que l'industrie mondiale a abandonnées

Fears, le retour d'un géant bristolien après quarante ans de silence

Fears, manufacture britannique fondée en 1846 à Bristol, avait fermé en 1976 avant d'être ravivée en 2016 par le descendant du fondateur, Nicholas Bowman-Scargill. L'histoire mérite d'être racontée en détail. Dans les années 1930, sous la direction du troisième directeur général Amos Reginald Fear, l'entreprise exportait vers 95 pays et employait une centaine d'horlogers, avant que le Blitz de Bristol ne détruise l'ensemble de ses locaux en 1940. L'entreprise s'était relevée de la guerre, mais pas de la crise du quartz.

Nicholas Bowman-Scargill a passé cinq ans comme apprenti horloger dans l'atelier londonien de Rolex, jusqu'à découvrir que ses ancêtres avaient fondé et dirigé la plus grande entreprise horlogère de l'ouest de l'Angleterre. Une révélation de table familiale qui change une trajectoire professionnelle. En 2016, pour marquer le 170e anniversaire de l'entreprise, Bowman-Scargill relance Fears depuis sa ville d'origine, Bristol. Le pari est loin d'être anecdotique : selon Bowman-Scargill, l'activité a doublé de taille trois années de suite, et Fears emploie désormais sept personnes réparties sur deux sites pour une production mécanique annuelle projetée à 600 pièces. Depuis, la marque a multiplié les jalons symboliques : un retour en 2022 à Bristol avec de nouveaux locaux, puis l'ouverture en 2024 de sa première boutique dans la Clifton Arcade.

Loomes, une lignée qui remonte à 1650, entre renaissance et adieu récent

À Stamford, dans le Lincolnshire, une autre histoire s'écrit sur un temps plus long encore. Loomes & Co est une entreprise familiale d'horlogers qui fait remonter son héritage aux années 1650, lorsque Thomas Loomes dirigeait la plus grande maison d'horlogerie de Londres. Pendant des générations, la famille s'est cantonnée à la réparation et à la restauration. Ce n'est qu'en 2008, sous la houlette de Robert Loomes et de Robina Hill, que l'entreprise s'est mise à fabriquer ses propres montres. Objectif affiché : prouver qu'on pouvait encore concevoir une montre entièrement anglaise, du mouvement au boîtier, dans un pays qui avait cédé cette expertise aux Suisses depuis un siècle.

Le pari a fonctionné pendant plus d'une décennie, avec une petite équipe d'artisans travaillant depuis un bâtiment du XVIe siècle donnant sur la rivière Welland. Mais l'histoire a pris un tournant amer. Robert Loomes a annoncé début 2025 la fermeture de son atelier, laissant trois mois à ses clients pour récupérer horloges et montres en dépôt. Les épreuves personnelles se sont enchaînées : le décès de sa femme et associée Robina Hill, puis celui de Robert Loomes lui-même quelques mois plus tard. Un rappel que ces renaissances horlogères tiennent souvent à la santé et à l'énergie d'une seule personne, sans filet industriel derrière elles.

Garrick et anOrdain, la relève artisanale du Norfolk à Glasgow

Deux autres maisons illustrent une autre forme de résurrection : celle d'un savoir-faire plutôt que d'une raison sociale précise. Fondée en 2014 par le collectionneur David Brailsford et l'horloger Simon Michlmayr, Garrick a été créée dans le but explicite de faire revivre les traditions horlogères britanniques. Le résultat tient de l'atelier plutôt que de l'usine : la marque conçoit ses montres fines dans son propre site du Norfolk, en refusant toute production de masse, avec un maximum de cinquante montres par an. Cadrans, aiguilles et une bonne partie des composants de mouvement sortent du même atelier, à contre-courant total de l'industrie horlogère mondialisée.

À plus de 600 kilomètres de là, à Glasgow, anOrdain mène un combat similaire mais sur un terrain différent : celui de l'émail. Fondée en 2015 par Lewis Heath, qui lui a donné le nom d'un loch reculé des Highlands, anOrdain s'est spécialisée dans les cadrans en émail vitreux fabriqués à la main. Une technique quasi abandonnée par l'industrie, longtemps réservée aux plus grandes maisons suisses. Cet émail vitreux, traditionnellement réservé à des maisons comme Patek Philippe ou Jaquet Droz à des prix à cinq chiffres, anOrdain le fabrique en interne en Écosse pour le rendre accessible. Le procédé reste redoutablement exigeant : chaque cadran naît d'un disque de cuivre découpé à la main, soumis à un processus de fabrication d'une douzaine d'heures. La demande dépasse largement l'offre, au point que la maison fonctionne aujourd'hui sur liste d'attente.

Il existe pourtant une manufacture anglaise qui n'a jamais eu besoin de renaître, faute d'avoir jamais vraiment disparu. Cabot Watch Company, plus connue sous le sigle CWC, fournit l'armée britannique depuis 1972, date à laquelle elle a été créée dans le seul but de produire des montres militaires fiables. Elle a traversé les guerres des Malouines et du Golfe sans jamais changer de vocation, contrairement à Fears, Loomes ou Garrick qui ont dû, chacune à leur manière, reconstruire une identité après une rupture. C'est même CWC qui a fourni la première montre à quartz délivrée aux forces britanniques en 1980, la même année où elle a décroché le contrat des plongeurs de la Royal Navy en remplacement de la Rolex Submariner. Une continuité rare dans un secteur où la plupart des noms historiques britanniques ont fini, un jour ou l'autre, par mettre la clé sous la porte.

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