Trois kilomètres de montée, un dénivelé de plus de 300 mètres, et pour seule récompense une rivière à 38 degrés qui serpente au fond d’une vallée volcanique. Pas de comptoir d’accueil, pas de badge à scanner, pas de créneau horaire à réserver trois semaines à l’avance. La rivière chaude de Reykjadalur, à quarante-cinq minutes de route au sud-est de Reykjavik, ne coûte rien. Zéro. Et depuis que j’y ai trempé les pieds par accident, en cherchant simplement une randonnée pour la journée, je regarde différemment les 65 euros qu’on me demande à l’entrée du Blue Lagoon.

À retenir

  • Une rivière chaude naturelle à 38-40°C accessible après 3 km de randonnée sans payer un centime
  • Pourquoi le Blue Lagoon coûte 65 euros quand la nature islandaise offre mieux gratuitement ?
  • Les pièges à connaître : pas de confort touristique, mais des décors de film islandais inclus

Une rivière chaude au bout d’une heure de marche

Le point de départ se trouve juste au-dessus de la petite ville de Hveragerði, elle-même construite sur un champ géothermique actif. De là, le sentier fait environ 3,5 kilomètres aller, avec une montée qui prend environ une heure selon le rythme et les conditions. Ce n’est pas une balade plate : plusieurs guides évoquent un dénivelé d’environ 340 à 380 mètres, avec une première demi-heure particulièrement raide sur un chemin de gravier parsemé de sections rocheuses et boueuses. Rien d’insurmontable pour qui marche régulièrement, mais mieux vaut oublier les tongs.

La suite compense largement l’effort. La zone de baignade principale affiche une température comprise entre 36 et 40 degrés, portée par l’activité géothermique de la région de Hengill. On s’installe où l’on veut le long du cours d’eau, en cherchant la poche de chaleur qui convient : plus on remonte vers la source, plus l’eau brûle. Certains randonneurs racontent avoir vu des vents fumants, des mares de boue bouillonnante et la cascade de Djúpagilsfoss sur le chemin, sans avoir rien planifié de tel au départ. C’est précisément ce qui rend l’endroit mémorable : on vient chercher un bain chaud, on repart avec un décor de film islandais gratuit en prime.

Ce qu’on paie vraiment (et ce qu’on ne paie pas)

Voici le détail qui change tout : la randonnée et la baignade sont gratuites. Seul le stationnement se facture, et encore, à des tarifs symboliques : environ 200 couronnes islandaises pour la première heure, 250 par heure ensuite, ou un forfait de cinq heures à peu près à 1 000 couronnes, largement suffisant pour couvrir toute la sortie. Converti en euros, on parle de quelques pièces, pas d’un budget vacances.

Il faut cependant accepter les règles du jeu d’un site naturel non aménagé. Des paravents en bois servent de vestiaires improvisés au bord de la rivière, mais il n’y a aucune toilette le long du sentier. Pas de casier fermé à clé non plus : on garde son sac à vue ou on accepte de le laisser sur la berge, comme tout le monde. Certains visiteurs enfilent leur maillot sous leurs vêtements de randonnée dès le parking, une astuce qui évite de perdre du temps à se changer une fois sur place. C’est moins confortable qu’un hammam cinq étoiles, mais ça a le mérite de la franchise : on paie l’expérience en efforts de mollets, pas en carte bancaire.

La fréquentation reste le vrai point de vigilance. Les mois d’été, en particulier de juin à août, voient une nette augmentation des visiteurs, ce qui rend le sentier et la rivière assez fréquentés. Partir tôt le matin ou en fin d’après-midi reste la meilleure stratégie pour profiter d’un peu de calme, surtout si l’objectif est de flotter tranquillement plutôt que de jouer des coudes pour une place dans le courant chaud.

Le Blue Lagoon, une autre philosophie du bain chaud

Le contraste avec le Blue Lagoon saute aux yeux dès qu’on compare les deux expériences. Le site, situé sur la péninsule de Reykjanes près de Grindavik, fonctionne sur un modèle entièrement différent : la réservation en ligne est obligatoire, les visites sans billet ne sont pas acceptées. Impossible d’y aller sur un coup de tête un mardi après-midi.

Côté tarifs, la formule d’entrée la moins chère démarre en 2026 à 11 990 couronnes islandaises pour le forfait Comfort, 14 990 pour le Premium et 18 490 pour le Signature, soit grosso modo l’équivalent des 65 euros évoqués en ouverture pour l’entrée de base. Mais ce chiffre n’est qu’un point de départ : Blue Lagoon applique une tarification dynamique pour les réservations individuelles, ce qui signifie que le même forfait peut coûter plus cher aux heures de forte demande. Un jour de pointe estival, la facture grimpe sans prévenir, un peu comme réserver un billet d’avion la veille du départ.

Le Blue Lagoon reste un site impressionnant, personne ne le nie : eau laiteuse riche en silice, décor de lave noire, soins au spa. Mais l’expérience est calibrée pour l’efficacité touristique, avec vestiaires, casiers, masques de silice et bar dans l’eau inclus selon la formule. Reykjadalur propose l’inverse : aucune infrastructure, aucune garantie de confort, mais une eau tout aussi chaude, gratuite, et une montagne islandaise en guise de salle d’attente.

Un détail qui change la donne pour organiser sa journée

Un point mérite d’être précisé avant de s’y lancer : les transports en commun ne sont pas fiables pour rejoindre Reykjadalur, si bien que la meilleure option sans voiture reste une excursion guidée au départ de Reykjavik. Sans véhicule loué, mieux vaut donc prévoir un tour organisé plutôt que de compter sur un bus providentiel. Une fois sur place, en revanche, la seule dépense reste le parking, une paille comparée au prix d’une entrée à créneau fixe dans un lagon bleu déjà plein de monde à l’heure de la réservation.