Ce ralentissement n’a rien à voir avec le calcaire qui se dépose sur les parois d’un tuyau au fil des années. Le vrai responsable se trouve bien plus loin, dans les canalisations d’évacuation ou directement dans la pompe de relevage de l’immeuble : un amas compact de lingettes, agglutinées aux graisses de cuisine et aux résidus organiques. Ce phénomène porte un nom, venu tout droit d’Angleterre : le fatberg, contraction de fat (graisse) et iceberg.
Trois jours. C’est le temps moyen que met une lingette pour parcourir le trajet entre votre cuvette et une station d’épuration.
Trois mois. C’est, selon le Centre d’information sur l’eau, le délai réel nécessaire aux lingettes dites biodégradables pour se dégrader. L’écart entre ces deux chiffres explique tout. Une lingette n’a tout simplement jamais le temps de se décomposer avant d’atteindre une pompe, un siphon ou un coude de canalisation où elle va commencer à s’accrocher. Elle y reste intacte, gonflée d’eau, prête à capter tout ce qui passe ensuite.
- Les lingettes dites biodégradables ne se dégradent vraiment qu’en trois mois, bien après avoir atteint les canalisations
- Les fatbergs se forment quand les lingettes s’entremêlent avec les graisses et débris, obstruant partiellement ou totalement le passage de l’eau
- Seul le papier toilette doit finir dans la cuvette ; les lingettes doivent aller à la poubelle pour éviter des réparations de 150 à 600 euros
Le piège du mot « biodégradable »
L’étiquette rassure, le produit ne tient pas sa promesse. Une étude menée par les ONG ReZero et Zero Waste Europe a montré que le tissu est généralement fait de fibres de coton et de rayonne, ainsi que de résines plastiques comme le polyester, le polyéthylène et le polypropylène. sous la texture douce se cache une armature synthétique que l’eau ne dissout jamais vraiment. La norme de biodégradabilité affichée sur l’emballage est mesurée en conditions industrielles, dans des installations spécifiques, pas dans le contexte réel d’une canalisation domestique où l’humidité, la température et le temps de séjour n’ont rien à voir.
La loi française a fini par réagir face à cette dérive marketing.
Depuis la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC), le terme « biodégradable » est désormais interdit sur ce type de produit quand il induit le consommateur en erreur sur son comportement réel dans les réseaux d’assainissement. Un cadre juridique qui arrive tard, après des années où l’argument écologique a servi à vendre un produit qui, une fois jeté dans la cuvette, se comporte exactement comme du plastique. Les distributeurs ont dû revoir leurs emballages, mais les stocks anciens et les habitudes prises restent, eux, difficiles à effacer du jour au lendemain.
Ce qui se forme réellement dans vos canalisations
Une lingette isolée ne bouche presque rien. Le danger vient de l’accumulation, semaine après semaine, dans un même point de passage. Les fibres non tissées s’entremêlent, retiennent les graisses de vaisselle évacuées par l’évier, puis capturent d’autres débris qui suivent : cheveux, résidus de savon, particules diverses. Le résultat est une masse visqueuse et compacte, parfois qualifiée de bouchon de graisse par les services techniques municipaux, qui finit par obstruer partiellement, puis totalement, le passage de l’eau.
Les techniciens d’assainissement racontent des scènes peu ragoûtantes. Sur une pompe sévèrement obstruée, l’intervention nécessite parfois de « y aller avec des gants très épais, et souvent on y va au cutter, parce que c’est tellement colmaté que c’est impossible ». Dans l’agglomération d’Orléans, une seule pompe de relevage bloquée à Saint-Pryvé a nécessité quarante heures d’intervention sur un week-end. À l’échelle d’un immeuble ou d’une maison équipée d’une pompe de relevage individuelle, le scénario est le même en miniature : ralentissement progressif, puis blocage complet, avec parfois un refoulement d’eaux usées dans le logement.
Le coût, souvent sous-estimé
Réparer une pompe de relevage domestique n’est jamais gratuit. Selon les professionnels du secteur, une intervention peut coûter entre 150 et 600 euros, voire plus si la pompe doit être remplacée. À cela s’ajoute, à l’échelle collective, une facture beaucoup plus salée : les surcoûts liés au curage des réseaux et à la maintenance des stations sont in fine répercutés sur la facture d’eau des usagers.
L’ampleur du phénomène dépasse largement l’anecdote domestique. Selon l’Agence de la transition écologique, les lingettes avec les couches-culottes représentent plus de 10 % des ordures ménagères des Français, une part qui grimpe encore quand on regarde spécifiquement ce qui obstrue les réseaux d’eaux usées. En 2018, un cours d’eau breton a même connu un début de pollution directement lié à des lingettes jetées dans les toilettes, preuve que le problème ne s’arrête pas à la tuyauterie de l’appartement.
Le bon réflexe, tout simplement
La règle reste d’une simplicité déconcertante : rien à part le pipi, le caca et le papier toilette ne devrait finir dans la cuvette. Les lingettes, qu’elles soient pour bébé, démaquillantes ou ménagères, doivent systématiquement rejoindre la poubelle classique, jamais le bac de tri jaune puisqu’elles ne se recyclent pas. Si votre chasse d’eau met deux fois plus de temps à s’évacuer depuis quelques mois, un simple curage de la canalisation ou une vérification de la pompe de relevage suffit souvent à retrouver un débit normal, sans qu’il soit besoin de s’attaquer au calcaire qui, lui, n’a jamais causé ce genre de ralentissement brutal.
Source : planetezerodechet.fr







Laisser un commentaire