Luca Guadagnino troque la caméra contre le mètre ruban et s’associe à l’architecte Stefano Baisi pour signer une collection commune chez Zara et Zara Home, à cheval entre mode masculine et mobilier. Le réalisateur qui a façonné l’Italie solaire de Call Me by Your Name et l’ambiguïté trouble de Queer applique désormais son sens du détail à un blouson, une chemise en soie ou un fauteuil sculpté.
Baptisée Baisi Guadagnino, la collection a été lancée mondialement le 26 septembre et rassemble plus de 200 pièces, entre vêtements, luminaires, vaisselle et textiles. Zara Home parle sans détour de la collaboration la plus ambitieuse de son histoire, et on comprend pourquoi en regardant la liste des pièces.
- Luca Guadagnino et l’architecte Stefano Baisi, rencontrés sur le tournage de Queer, signent Baisi Guadagnino, une collection de plus de 200 pièces lancée chez Zara et Zara Home le 26 septembre.
- La ligne mêle mode masculine (75 vêtements et accessoires) et mobilier aux influences variées, du modernisme brésilien à l’Art déco, avec des pièces portant des noms propres comme Purkersdorf ou Nape.
- Les prix dépassent largement les standards habituels de Zara Home, avec des meubles comme le canapé Uncollected à 11600 livres, rapprochant la collection d’une maison d’édition de design plutôt que de la grande distribution.
Une rencontre née sur un plateau de cinéma
Rien ne prédestinait un architecte et un cinéaste à finir ensemble en rayon chez Zara. Tout démarre pourtant sur le tournage de Queer, adaptation du roman de William S. Burroughs filmée à Cinecittà, à Rome. Stefano Baisi y travaille comme production designer, cette fonction un peu méconnue du grand public qui consiste à construire l’univers visuel entier d’un film, des décors jusqu’aux objets posés sur une table. Guadagnino et lui collaborent en réalité depuis près d’une décennie, bien avant Queer. Baisi avait d’abord été engagé comme architecte pour rénover la maison de Federico Marchetti, le fondateur de Yoox, sur les rives du lac de Côme, en 2017.
Ce chantier marque le tout premier projet du studio de Guadagnino, baptisé Studiolucaguadagnino, qui enchaînera ensuite d’autres réalisations remarquées comme la boutique Aesop de Piccadilly Arcade à Londres ou la rénovation du Palazzo Talia à Rome, un bâtiment du XVIe siècle transformé en hôtel. Baisi a depuis signé les décors de After the Hunt avec Julia Roberts et prépare ceux du biopic consacré à Sam Altman, intitulé Artificial.
L’idée de la collection Zara, elle, remonte étonnamment à 2018 : une table dessinée pour un client, jamais construite, qui dormait dans un tiroir avant de ressurgir sous une forme bien plus ambitieuse.
Des pièces mode et déco pensées comme des accessoires de tournage
Le duo a baptisé son projet Atlas of Desire, un nom qui annonce le programme : traiter le mobilier, l’éclairage, le parfum, la couleur et le vêtement comme les éléments d’un seul et même décor, transposé du cinéma vers des objets qu’on peut réellement posséder. Côté mode, la ligne masculine réinterprète les codes classiques du vestiaire avec des volumes amples et des lignes fluides, en mariant tweed et laine à des pièces plus structurées, façon costume déconstruit. On retrouve des proportions volontairement exagérées, des couleurs vives et des détails décoratifs assumés, un clin d’œil assez direct aux silhouettes des années 70 et 80.
Côté maison, chaque pièce reçoit un nom propre, comme si elle sortait d’un script : Purkersdorf, Nape, Ophiuchi ou Sacred Spring. Les références esthétiques piochent large, entre la Vienne du début du XXe siècle, le modernisme brésilien porté par Lina Bo Bardi, l’Art déco français et le design radical italien. Le résultat se reconnaît à sa silhouette festonnée, inspirée notamment des modernistes italiens comme Gio Ponti, et à ses formes sculpturales recouvertes de revêtements riches. Guadagnino va jusqu’à comparer Bo Bardi à Alfred Hitchcock, pour ce même goût du mystère et du suspense glissé dans une ligne de meuble.
Pour accompagner le lancement, les deux créateurs ont imaginé une installation temporaire à Milan, et Guadagnino a réalisé un court-métrage écrit par Scott Z. Burns. Un conseil si vous testez ce genre de pièce ample à la maison : évitez de tout miser sur une seule silhouette XXL, qu’il s’agisse d’un blouson ou d’un fauteuil. Associez une pièce statement, comme une veste en tweed oversize, à des bases plus sobres, sinon l’ensemble vire vite au costume de film plutôt qu’à une tenue portable au quotidien.






Une collection qui questionne les frontières entre luxe et grande distribution
Le vrai sujet de cette collaboration, c’est peut-être moins le style que le prix. Zara Home a toujours vendu l’idée d’un intérieur soigné à petit budget, mais la ligne Baisi Guadagnino change clairement de catégorie. Le fauteuil Schwellen, en bois et en cuir, se négocie autour de 5000 euros quand le canapé Uncollected flirte avec les 15 000 euros. À côté, quelques objets plus modestes viennent équilibrer la collection, comme la lampe Bambino autour de 500 euros, la table d’appoint Ophiuchi à environ 800 euros ou le vase Sky, seul vrai prix d’entrée de gamme, sous la barre des 150 euros. On est loin du Zara Home habituel, et plus proche d’une maison d’édition de design que d’une enseigne de grande distribution.
La partie mode, elle, compte 75 vêtements et accessoires. Ce positionnement n’est pas un accident : il permet à Zara de s’offrir une image de marque plus pointue, en empruntant les codes du luxe, et à Guadagnino de prouver que son univers visuel peut exister en dehors d’un plateau de tournage, quitte à flirter avec les tarifs d’une galerie d’art plutôt qu’avec ceux d’un magasin de centre commercial.







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