Une montre connectée confisquée à la porte du collège, glissée dans le tiroir du CPE avec les téléphones des autres élèves. Pour beaucoup de parents, la scène a de quoi surprendre : on pensait la loi limitée aux smartphones, pas aux petits boîtiers connectés au poignet qui permettent d'appeler ou d'envoyer un message. Mais le texte est sans ambiguïté depuis 2018, et il vise bien plus large qu'un simple téléphone portable.
À retenir
- La loi de 2018 vise tous les équipements connectés, pas seulement les smartphones
- Le dispositif « Portable en pause » durcit les règles depuis la rentrée 2025
- Seules les montres à aiguilles sans connexion échappent à l'interdiction
Ce que dit vraiment la loi sur les montres connectées
Tout part de l'article L511-5 du code de l'éducation, réécrit par la loi du 3 août 2018 sur l'encadrement de l'utilisation du téléphone portable dans les établissements scolaires. Le texte ne parle pas seulement de « téléphone mobile » mais aussi de « tout autre équipement terminal de communications électroniques ». L'utilisation d'un téléphone mobile ou de tout autre équipement terminal de communications électroniques par un élève est interdite dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges et pendant toute activité liée à l'enseignement qui se déroule à l'extérieur de leur enceinte, à l'exception des circonstances, notamment les usages pédagogiques, et des lieux dans lesquels le règlement intérieur l'autorise expressément.
Cette formulation volontairement large n'est pas un hasard. Lors des débats parlementaires, les députés avaient anticipé le phénomène de report vers d'autres appareils : l'objectif était d'inclure les équipements connectés tels que les tablettes, les ordinateurs ou encore les montres connectées, afin d'éviter un effet de substitution dans les appareils que les élèves apporteraient à l'école. le législateur savait déjà en 2018 que les familles chercheraient des parades. La montre connectée en faisait partie, et elle a été traitée comme telle dès le départ, pas ajoutée après coup.
Le ministère de l'Éducation nationale ne laisse aucune place au doute sur ce point. Sur son site officiel, il précise que l'article L. 511-5 du Code de l'éducation pose le principe de l'interdiction de l'utilisation des téléphones portables et de tout autre équipement terminal de communications électroniques (tablette ou montre connectée, par exemple) à l'école et au collège. Et la confiscation n'est pas un abus de zèle du CPE : elle est prévue par le texte lui-même, dès lors que le règlement intérieur en précise les modalités.
Pourquoi certains parents ignorent encore la règle
La confusion vient souvent d'un raccourci mental. Dans l'esprit collectif, « interdiction du portable » évoque un smartphone avec écran tactile, pas un accessoire porté au poignet qui ressemble à une montre classique. Pourtant, la nuance technique compte peu face au texte de loi : dès qu'un objet permet une connexion à un réseau ou l'envoi de messages, il tombe sous le coup de l'interdiction. Une montre à aiguilles sans puce ne pose aucun problème ; une montre capable de recevoir des notifications ou de passer un appel, si.
Ce flou explique aussi pourquoi tant de familles achètent une montre connectée en pensant contourner intelligemment la règle, souvent pour garder un contact d'urgence avec leur enfant. Le raisonnement est compréhensible, mais il se heurte frontalement au texte : le rectorat de Montpellier comme celui de Lille rappellent dans leurs communications aux familles que l'interdiction prévue par l'article 511-5 du code de l'éducation concerne l'ensemble des équipements terminaux de communications électroniques, et rentrent ainsi dans le champ d'application du texte tous les objets connectés, montres comprises. Pas de zone grise, pas d'exception tacite pour les accessoires jugés plus discrets qu'un smartphone.
Le dispositif « Portable en pause » a durci la donne
Depuis la rentrée 2025, la règle est encore plus concrète sur le terrain. Le dispositif « Portable en pause », expérimenté puis généralisé à l'ensemble des collèges publics, impose aux élèves de déposer leur téléphone (et tout objet connecté assimilé) dès leur arrivée dans l'établissement. Une question posée au Sénat en décembre 2025 rappelait que depuis la loi n° 2018-698 du 3 août 2018 et la nouvelle rédaction de l'article L. 511-5, l'usage des téléphones portables et des objets connectés est interdit dans les écoles et les collèges, sauf exceptions prévues par les règlements intérieurs. Le bilan chiffré donne du poids à la mesure : l'évaluation a montré des résultats très positifs, avec une amélioration du climat scolaire, l'apaisement des relations et une meilleure attention des élèves en classe, près de 80 % des collèges participants ayant exprimé une appréciation favorable.
Concrètement, chaque établissement choisit sa méthode : casiers individuels, pochettes verrouillées, ou dépôt centralisé auprès de la vie scolaire, comme dans le cas de ce fils dont la montre a fini dans le tiroir du CPE. Le ministère laisse cette latitude organisationnelle aux équipes, tout en rappelant que la loi s'applique par défaut, sans qu'un établissement ait besoin de la reformuler dans son règlement intérieur pour la rendre effective.
Ce qui reste toléré, et ce qui ne l'est pas
Une exception mérite d'être connue des familles concernées : le texte de loi précise que le présent article n'est pas applicable aux équipements que les élèves présentant un handicap ou un trouble de santé invalidant sont autorisés à utiliser dans les conditions prévues par la présente partie. Une montre connectée liée à un suivi médical, glycémie ou rythme cardiaque par exemple, échappe donc à la confiscation, sous réserve d'un dossier validé par l'établissement. Pour tous les autres élèves, la seule montre qui passe sans souci reste celle à aiguilles, sans puce ni connexion, l'accessoire qui donne l'heure et rien d'autre.
Avant la rentrée, mieux vaut donc vérifier ce que porte réellement l'enfant au poignet. Certains modèles pour enfants, vendus comme de simples « montres de suivi », embarquent en réalité une carte SIM ou une fonction Bluetooth suffisante pour basculer dans la catégorie des équipements interdits. Le CPE ne fait pas de distinction subtile entre gadget familial et smartphone miniature : la loi, elle, n'en fait pas non plus.
Sources : legifrance.gouv.fr | education.gouv.fr


