Trois jours. C’est le temps qu’il a fallu pour que le téléphone de la vie scolaire s’affiche sur mon écran, un mardi en fin de matinée. Pas d’urgence, pas de chute dans la cour, juste une convocation polie : la montre connectée de mon fils, censée me permettre de savoir à quelle heure il sortirait du collège, n’avait pas sa place au poignet d’un élève de sixième. J’avais pourtant fait ce choix en toute bonne foi, pour éviter les sonneries de portable et les messages en pleine récré. Résultat ? Une leçon express sur une loi que je pensais connaître, et que j’ai découvert bien plus large que je ne l’imaginais.
À retenir
- La loi interdit bien plus que le téléphone : toute montre connectée capable de communiquer est visée
- Le dispositif « Portable en pause » généralisé en 2025 a radicalisé le contrôle des écoles et collèges
- Existe-t-il une solution légale pour rester en contact avec son enfant pendant la journée scolaire ?
Ce que dit vraiment l’article L511-5 du code de l’éducation
La confusion vient d’un raccourci trop courant : on pense « téléphone » alors que le texte vise beaucoup plus large. L’utilisation d’un téléphone mobile ou de tout autre équipement terminal de communications électroniques par un élève est interdite dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges et pendant toute activité liée à l’enseignement qui se déroule à l’extérieur de leur enceinte. Une formulation volontairement floue à l’époque de son écriture, en 2018, mais qui s’est révélée redoutablement efficace pour englober tout ce qui allait suivre.
Les montres connectées ne sont pas une zone grise. Le ministère de l’Éducation nationale le rappelle noir sur blanc : l’interdiction s’applique à l’ensemble des écoles et collèges et couvre la totalité de leur enceinte, et porte sur tous les équipements terminaux de communications électroniques : téléphones de toutes générations, montres connectées, tablettes, etc. mon initiative pour « juste joindre » mon fils à la sortie tombait exactement dans le champ visé par le législateur, cour de récréation comprise.
Ce qui m’a surpris, c’est le niveau de détail du texte. La loi ne se contente pas d’interdire un objet, elle interdit un usage lié à une capacité technique. Un site spécialisé dans le droit scolaire précise que la montre connectée capable d’envoyer des messages ou de se connecter à un réseau est concernée, tandis que les montres non connectées, type montre à aiguilles, ne sont pas concernées. Le vrai critère, ce n’est pas la forme de l’appareil au poignet, mais sa capacité à capter un réseau. Une montre classique passe, une montre GPS ou Bluetooth non.
Pourquoi les collèges sont devenus si vigilants depuis la rentrée 2025
Si la vie scolaire a réagi aussi vite dans mon cas, ce n’est pas un hasard de calendrier. Le dispositif « Portable en pause », testé l’année précédente, a changé d’échelle. Au cours de l’année scolaire 2024-2025, plus de 32 000 collégiens ont expérimenté la mise à l’écart du téléphone portable, à travers des dispositifs variés choisis localement, et le dispositif Portable en pause est généralisé dès la rentrée 2025. Les équipes de vie scolaire ont donc été formées, sensibilisées, et surtout équipées pour repérer tout objet connecté, pas seulement les smartphones.
Les retours de terrain expliquent aussi cette réactivité. Cette expérimentation a produit des effets positifs sur le climat scolaire, la concentration des élèves et le bien-être général dans les établissements l’ayant mise en place, et une diminution des signalements de cyberharcèlement et d’incidents liés aux réseaux sociaux a également été constatée. Un principal qui a vu ces chiffres remonter dans son établissement n’a aucune raison de faire une exception pour une montre plutôt qu’un téléphone : le principe qui compte, c’est l’absence de connexion pendant le temps scolaire, point final.
Sur le terrain, l’application reste toutefois inégale. Une question posée au Sénat fin 2025 rappelait que en septembre dernier, 70 % des chefs d’établissement interrogés n’avaient pas encore pu mettre en oeuvre cette interdiction, faute de moyens adaptés. Mon collège, lui, faisait manifestement partie des établissements déjà rodés. Tant mieux pour la cohérence pédagogique, tant pis pour mon plan B « discret ».
Comment joindre son enfant sans transgresser la règle
Reste la question pratique, celle qui m’a poussé vers cette montre en premier lieu : comment savoir que mon fils est bien sorti, sans lui coller un smartphone dans le sac ? La loi elle-même a prévu la réponse, à condition de la lire jusqu’au bout. Un élève peut avoir au cours du temps scolaire le besoin de joindre l’un de ses responsables légaux, notamment en cas d’urgence médicale ou de sortie anticipée de l’établissement. Le circuit officiel passe par la vie scolaire, pas par un objet personnel connecté.
Concrètement, la plupart des collèges ont organisé un système de dépôt qui règle le problème sans confrontation. La mise en place d’un système de casiers permettant à l’élève de déposer son téléphone durant la journée et de le récupérer avant de quitter l’école et ou le collège, est une piste intéressante. Une montre connectée suit exactement le même sort : rangée à l’entrée, récupérée à la sortie. Elle redevient alors ce qu’elle est censée être en dehors de l’enceinte scolaire, un outil de contact pour le trajet, pas un accessoire de la journée de classe.
La confiscation reste l’arme de dernier recours pour les établissements, mais elle est rarement le premier réflexe. Le règlement intérieur, lui, encadre tout : une confiscation de l’appareil désormais autorisée par la loi ou, pour les cas les plus graves, une sanction disciplinaire prévue par l’article R. 511-13 du Code de l’éducation peuvent s’appliquer en cas de récidive. Autant dire que la pédagogie prime largement sur la sanction dans l’écrasante majorité des cas, la mienne comprise : un simple rappel, sans drame.
J’ai fini par ranger la montre le week-end, et par miser sur l’heure de sortie fixe, connue à l’avance, plutôt que sur un traçage en temps réel. Un détail à retenir pour les parents de lycéens : cette même interdiction, jusqu’ici propre aux écoles et collèges, sera étendue aux établissements du secondaire supérieur dès la rentrée 2026, selon les annonces du ministère. Autant anticiper, plutôt que de recevoir l’appel de la vie scolaire dès la première semaine.
Sources : education.gouv.fr | eduscol.education.gouv.fr







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