J'ai laissé la housse plastique du pressing sur mes vestes juste pour les garder à l'abri de la poussière : à la fin de l'...

J'ai laissé la housse plastique du pressing sur mes vestes juste pour les garder à l'abri de la poussière : à la fin de l'hiver, la doublure claire avait changé de couleur

Mise à jour : 14 août 2026

Trois mois sous plastique, et la doublure ivoire d'une veste en laine vire au jaune paille. Ce n'est pas un défaut de fabrication, ni une tache mal identifiée : c'est la housse elle-même, censée protéger le vêtement, qui a provoqué ce changement de couleur. Le coupable a un nom peu engageant : le perchloroéthylène, solvant encore massivement utilisé dans les pressings pour le nettoyage à sec.

À retenir

  • Pourquoi la housse plastique du pressing devient une chambre hermétique dangereuse pour vos vêtements
  • Le rôle caché du perchloroéthylène dans le jaunissement des doublures en quelques semaines
  • Le geste simple que presque personne ne fait en sortant du pressing, mais qui change tout

Le solvant qui reste piégé sous le plastique

Quand une veste sort du bac de nettoyage à sec, elle n'est pas totalement débarrassée du produit qui l'a lavée. Le perchloroéthylène est un solvant très utilisé, notamment comme solvant de nettoyage à sec dans les pressings, et il est aussi utilisé comme agent dégraissant pour pièces métalliques, dans le traitement des textiles, ou en imprimerie. Une partie de ce solvant s'évapore naturellement au contact de l'air, mais un résidu s'accroche aux fibres, en particulier dans les zones les moins ventilées du vêtement, comme les doublures intérieures.

Le geste du pressing (enfiler la housse en plastique juste après le repassage) part d'une bonne intention : présenter un vêtement propre, sans poussière, prêt à être suspendu. Mais ce même plastique transforme la housse en petite chambre hermétique. Le solvant résiduel, au lieu de s'échapper, reste emprisonné contre le tissu pendant des semaines, parfois des mois si la veste hiberne au fond du dressing jusqu'au printemps. Ce contact prolongé, en atmosphère confinée et sans circulation d'air, favorise une réaction chimique lente qui altère les pigments des doublures claires, surtout sur les teintes ivoire, écru ou blanc cassé, plus sensibles que les couleurs foncées.

Un solvant classé cancérogène probable, pas juste un problème esthétique

Le jaunissement n'est que la partie visible du problème. Le perchloroéthylène n'est pas un produit anodin : il est classé cancérogène probable pour l'homme par le CIRC (Groupe 2A). En France, les autorités sanitaires prennent le sujet suffisamment au sérieux pour avoir organisé un retrait progressif du solvant dans les zones résidentielles. L'interdiction du perchloroéthylène s'est étalée sur une période de près de 10 ans, de 2013 à 2022, avec l'interdiction des nouvelles machines dès mars 2013, puis des machines de plus de 15 ans en 2014, et une interdiction totale au 1er janvier 2022.

Ce calendrier ne signifie pas pour autant que le solvant a disparu du jour au lendemain. De nombreux pressings de proximité, notamment en zones urbaines denses, ont continué à s'appuyer sur des machines existantes le temps de basculer vers des alternatives comme l'aquanettoyage ou les solvants siliconés. En 2012, 95 % des machines utilisées par les pressings professionnels étaient au perchloroéthylène, et elles n'étaient plus que 40 % au 31 décembre 2017. la transition a été réelle, mais progressive, et le solvant reste présent chez une partie des professionnels encore aujourd'hui, avec toujours le même conseil de prudence pour les clients qui récupèrent leurs vêtements.

Le bon réflexe : déshabiller le vêtement dès la sortie du pressing

Les organismes de surveillance de la qualité de l'air ont formulé une recommandation limpide, trop souvent ignorée. Une fois récupéré, il faut sortir le vêtement de sa protection plastique et le laisser respirer dans un endroit ventilé avant de le ranger ou de le porter. Cette étape, qui prend trente secondes, change tout : elle permet aux dernières traces de solvant de s'évaporer librement au lieu de macérer contre les fibres.

Le même principe vaut, plus largement, pour tout le dressing. Un article récent consacré au rangement des textiles rappelait que dans beaucoup de dressings, les housses plastiques de pressing servent à stocker manteaux et chemises alors qu'elles peuvent, à la longue, abîmer discrètement les fibres. Le plastique, en plus d'emprisonner les vapeurs chimiques, empêche le tissu de respirer et favorise la condensation, un terrain propice aux moisissures sur les vêtements stockés plusieurs mois d'affilée.

Pour les vestes et manteaux qui patientent tout l'hiver dans un placard, mieux vaut opter pour une housse en coton ou en toile respirante, voire un vieux drap plié en tissu, qui protège de la poussière sans emprisonner l'humidité ni les résidus chimiques. Certaines alternatives existent d'ailleurs directement chez les pressings eux-mêmes : des housses en tissu lavables et réutilisables, que le client apporte et récupère à chaque passage, remplacent peu à peu le plastique jetable dans une logique à la fois sanitaire et écologique.

Que faire si la doublure a déjà jauni

Face à une doublure déjà décolorée, la tentation est de foncer chez le teinturier. Mauvaise idée dans l'immédiat : il faut d'abord identifier si la coloration provient bien d'une réaction chimique au solvant ou d'une simple oxydation liée à la lumière et à l'humidité, deux phénomènes aux traitements différents. Un professionnel du pressing, confronté au cas, saura généralement dire si un nouveau nettoyage peut atténuer la tache ou si celle-ci s'est fixée durablement dans les fibres.

Ce qui reste certain, c'est que la prévention coûte infiniment moins cher qu'une réparation. Retirer systématiquement la housse plastique en sortant du pressing, laisser le vêtement pendu à l'air libre quelques heures avant de le ranger, et privilégier des housses en tissu pour le stockage longue durée : trois gestes simples qui évitent bien des mauvaises surprises au dégel du printemps, quand on redécouvre enfin ses vestes d'hiver.

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