Quatre pour cent de batterie, l'écran encore noir, et déjà une hôtesse penchée au-dessus du siège avant même que le téléphone ait fini de vibrer. Cette scène, de plus en plus de voyageurs la vivent depuis quelques mois sur les vols asiatiques. La raison n'a rien d'anecdotique : brancher une batterie externe sur la prise USB de son siège est désormais interdit sur plusieurs grandes compagnies, et le personnel navigant réagit au quart de tour dès qu'un appareil suspect apparaît en cours de charge.
Korean Air, Asiana, EVA Air, China Airlines, Singapore Airlines et Thai Airways ont toutes basculé vers une règle commune en 2025 : plus question d'utiliser ou de recharger un power bank pendant le vol. La batterie doit rester sur le passager, dans la poche du siège devant lui ou sous son propre siège. Jamais dans le coffre à bagages, jamais débranchée de la vue de l'équipage. Power banks must remain within personal reach, either on the passenger, in the seatback pocket or under the seat in front, et ils ne doivent pas être stockés dans les coffres à bagages sous aucun prétexte. Autant dire que ce geste presque réflexe, brancher son câble avant le décollage pour grappiller quelques pourcents, est aujourd'hui traité comme une infraction de sécurité.
À retenir
- Un incident en janvier 2025 relance le débat sur les batteries lithium en cabine
- Six grandes compagnies asiatiques imposent des règles qui deviennent progressivement plus strictes
- Le personnel de cabine est maintenant formé aux urgences causées par les batteries surchauffées
Pourquoi une hôtesse débarque en quelques secondes
Le personnel de cabine ne surveille pas au hasard. Sur les compagnies sud-coréennes, la formation des équipages inclut désormais des exercices spécifiques dédiés aux incendies de batteries, en plus des procédures classiques. Une prise USB allumée, un boîtier qui chauffe dans une poche de siège, un câble qui traîne vers le coffre : tout signal de charge active déclenche une intervention immédiate. Le raisonnement est simple, presque mécanique : une cellule lithium-ion qui s'emballe (le fameux emballement thermique) doit rester visible et accessible à tout moment, sinon personne ne peut réagir avant que la fumée n'envahisse la cabine.
Cette vigilance n'est pas née d'un excès de prudence administrative. Elle découle d'un incident précis : le 28 janvier 2025, un Airbus A321 d'Air Busan a pris feu à l'aéroport de Gimhae, à Busan, alors qu'il se préparait au décollage. Les enquêteurs ont établi que le feu avait pris naissance dans le coffre à bagages au-dessus du siège 30, côté gauche de la cabine, et les restes calcinés d'une batterie portable ont ensuite été retrouvés près du siège 31. Les 169 passagers et les 7 membres d'équipage ont dû être évacués en urgence. Un avion immobilisé, une frayeur collective, et une industrie entière qui révise ses procédures en quelques semaines. Voilà comment on passe d'un simple câble USB à une politique de sécurité continentale.
Ce que dit chaque compagnie, concrètement
Les règles varient légèrement d'une compagnie à l'autre, mais le socle reste identique. Singapore Airlines et sa filiale Scoot ont banni l'usage ou la charge de batteries externes portables pendant les vols à partir du 1er avril 2025, ce qui inclut la charge via les ports USB ou l'utilisation pour recharger des appareils personnels. Thai Airways a suivi une trajectoire quasi identique, avec une entrée en vigueur au 15 mars 2025, précisant que la mesure vise à garantir le plus haut niveau de sécurité pour tous les passagers et membres d'équipage. EVA Air a interdit l'usage et la charge en vol dès le 1er mars 2025, la même date que celle retenue par les compagnies coréennes pour le rangement en cabine.
Côté coréen justement, le dispositif s'est encore durci en janvier 2026. Korean Air, Asiana, Jin Air, Air Busan et Air Seoul ont carrément interdit toute utilisation en vol des batteries externes, quel que soit l'appareil rechargé (téléphone, tablette, ordinateur, appareil photo). Sous cette nouvelle politique, les passagers voyageant sur ces cinq compagnies ne pourront plus utiliser de batteries externes pour recharger leurs appareils électroniques pendant les vols, et l'interdiction s'applique sur toutes les routes opérées. La batterie reste autorisée en cabine, mais elle devient, comme le résume un média spécialisé, à peu près aussi utile qu'un presse-papier une fois la porte de l'avion fermée. Certaines compagnies, comme Asiana, poussent même la précaution jusqu'à exiger que la batterie soit glissée dans un sac ziplock transparent porté sur soi.
Un signal qui dépasse largement l'Asie
Ce mouvement n'est pas un caprice régional. L'administration américaine de l'aviation civile a recensé un nombre d'incidents liés aux batteries lithium en forte hausse : plus de 709 incidents vérifiés sur deux décennies, dont 97 rien qu'en 2025, les batteries externes représentant près de 40 % de tous les incidents. Un chiffre qui donne le vertige quand on sait que la plupart de ces batteries voyagent chaque jour dans des sacs à main, sans que personne n'y prête attention. Emirates, Southwest, Japan Airlines ou encore ANA ont depuis emboîté le pas avec des règles parfois plus strictes encore, jusqu'à limiter le nombre de batteries autorisées par passager à une seule unité chez certains transporteurs.
Pour le voyageur pressé de finir sa série avant l'atterrissage, la leçon est simple : mieux vaut recharger son téléphone à la porte d'embarquement qu'en plein vol. Un power bank glissé dans la poche du siège, éteint, reste toléré partout. C'est le geste de le brancher, discret en apparence, qui déclenche l'alerte. Et la prochaine fois qu'une hôtesse se penche vers vous avant même que votre écran ne s'allume, ce n'est pas de la paranoïa : c'est un protocole rodé, né d'un avion calciné sur un tarmac coréen il y a un peu plus d'un an.
Sources : travelandtourworld.com | sunstar.com.ph


