Trois adultes, une réservation, et pourtant trois sièges éparpillés aux quatre coins de la cabine. Le scénario est connu de millions de familles qui volent en low-cost chaque été. La solution, elle, tient en une case à cocher au moment du paiement : réserver son siège à l'avance, et le siège du milieu, pour être certain qu'il reste vide ou occupé par un proche.
Le mécanisme qui sépare les groupes n'a rien d'un hasard malheureux. Une ministre britannique a affirmé que certaines compagnies ont recours à un algorithme qui repère les familles et les personnes portant le même nom afin de les positionner volontairement loin les unes des autres, dans l'objectif d'inciter les passagers à payer le supplément permettant de choisir leurs sièges. Une manière élégante de transformer une contrainte technique en source de revenus.
À retenir
- Comment les algorithmes séparent délibérément les familles dans les avions low-cost
- Pourquoi réserver deux sièges ne suffit pas à garantir que vous voyagerez ensemble
- Le seul siège qui compte vraiment et qui change complètement la donne
Comment l'algorithme remplit réellement l'avion
Le principe de fonctionnement, une fois expliqué, tient en quelques lignes. Plutôt que de placer les passagers d'une même réservation les uns à côté des autres, le système remplit la cabine par blocs de sièges libres, sans tenir compte des liens entre voyageurs. Résultat : une famille de trois qui n'a pas payé l'option placement peut très bien se retrouver avec un parent en rangée 4 et les deux autres en rangée 18.
La démonstration a été faite noir sur blanc il y a plusieurs années déjà. Le résultat de ce dispositif était sans appel : en moyenne, les familles ou groupes non consentants à payer étaient séparés de dix rangées, et jusqu'à trente-deux rangées sur certains vols testés. Trente-deux rangées, c'est quasiment la longueur totale d'un Boeing 737 configuré pour le low-cost. Autant dire l'avant et l'arrière de l'appareil.
Le cas le plus documenté reste celui du siège central dans les rangées à trois places. Une famille de trois personnes qui réserve sans payer d'option se voit souvent attribuer deux sièges côte à côte et un troisième ailleurs, l'algorithme comblant la place manquante avec un passager inconnu venu d'une autre réservation. Le siège que la famille pensait laisser "libre" pour respirer un peu n'existe tout simplement pas dans la logique du système : chaque place vide au moment du check-in devient une opportunité de remplissage, pas une zone tampon réservée à un groupe.
Ryanair, easyJet, Wizz Air : des politiques très différentes
Toutes les compagnies low-cost ne jouent pas selon les mêmes règles. Ryanair applique la politique la plus stricte du secteur : si vous ne réservez pas de siège, votre place sera attribuée de manière aléatoire au check-in, et la compagnie affirme elle-même qu'il est "peu probable" que les sièges attribués soient adjacents. Pour les familles avec enfants, une règle spécifique existe tout de même : pour les enfants de moins de 12 ans, Ryanair exige qu'au moins un adulte de la réservation paie une réservation de siège, ce qui permet alors à quatre enfants maximum par adulte de bénéficier gratuitement d'un siège réservé à côté de lui. Mais entre deux adultes, ou pour un enfant de 13 ans, aucune garantie n'existe.
Une enquête menée par l'association de consommateurs britannique Which? confirme l'ampleur du problème chez Ryanair. Les membres adultes d'une même famille sont assez susceptibles d'être séparés : dans l'enquête, seulement 55% des personnes n'ayant pas payé pour sélectionner un siège se sont retrouvées assises ensemble, le reste ayant été séparé. Il s'agissait du pire résultat parmi toutes les grandes compagnies étudiées, juste devant Wizz Air qui affiche des scores comparables. easyJet, de son côté, se montre plus conciliant : la compagnie affirme que son système tente de placer les familles ensemble, et pour les enfants de moins de 12 ans, s'assure au minimum qu'ils restent proches d'un adulte en cas d'échec.
Ces écarts ne datent pas d'hier. Dès 2018, une enquête commandée par l'autorité britannique de l'aviation civile avait chiffré le phénomène à l'échelle du secteur entier : 35% des passagers de Ryanair n'ayant pas payé le supplément pour choisir leurs sièges avaient finalement voyagé dans des sièges éloignés les uns des autres, contre 22% pour Emirates, 18% pour Virgin Atlantic, 16% pour Jet2.com et 15% pour British Airways, easyJet et Thomas Cook. Ryanair caracolait donc largement en tête d'un classement peu enviable.
Le siège du milieu, la seule vraie garantie
Face à ces algorithmes qui privilégient le remplissage optimal plutôt que la cohésion des groupes, une seule stratégie fonctionne vraiment : acheter directement le siège du milieu. Dans une rangée de trois, laisser cette place "au hasard" revient à offrir un strapontin gratuit à n'importe quel passager isolé du vol. En la réservant et en la payant, la famille verrouille la configuration entière : plus aucun tiers ne peut s'y glisser, et les trois occupants voyagent enfin ensemble, sans dépendre de la bonne volonté d'un agent d'enregistrement ou d'un hôtesse au moment de l'embarquement.
Ce détail change tout dans la manière d'aborder la réservation. Beaucoup de voyageurs pensent, à tort, que payer un ou deux sièges suffit à "sécuriser" le groupe. En réalité, tant qu'une place de la rangée reste non réservée, elle demeure disponible pour l'algorithme, qui l'attribuera à la première personne compatible venue d'ailleurs. Le calcul économique mérite d'être fait avant de cliquer sur "continuer sans sélectionner de siège" : quelques euros dépensés au bon endroit évitent souvent une gestion de crise en plein vol, entre échanges de places et négociations avec des inconnus visiblement peu enclins à bouger.
Un chiffre remet cependant les choses en perspective. Les recherches de l'autorité britannique montrent que 34% des passagers ont payé pour réserver un siège au cours de l'année étudiée, mais pour 45% d'entre eux, ce paiement était inutile car ils auraient de toute façon été placés ensemble, l'ensemble des paiements superflus étant estimé à 175 millions de livres par an. payer systématiquement n'est pas non plus la panacée : tout dépend de la configuration du vol, du taux de remplissage et de la compagnie choisie. La vraie prudence consiste à cibler précisément le siège qui compte, celui du milieu, plutôt que de dégainer la carte bancaire pour l'ensemble de la rangée par simple précaution.
Source : masculin.com


