Un flacon de 200 ml de crème solaire, accepté sans broncher à l'aller, confisqué sans ménagement au retour. Cette mésaventure, de plus en plus fréquente sur les réseaux sociaux de voyageurs, n'a rien d'une erreur de l'agent de sûreté. Elle révèle une réalité méconnue des passagers : la tolérance aux liquides de plus de 100 ml ne dépend pas de la compagnie aérienne, ni du pays, mais du terminal précis d'où l'on décolle, et de la marque de scanner qui y est installée.
À retenir
- Pourquoi un même liquide est accepté dans un terminal et refusé dans un autre du même aéroport
- La technologie qui aurait dû simplifier les voyages crée au contraire une confusion inédite
- Ce qui explique vraiment pourquoi vos produits confisqués disparaissent sans compensation
Le retour en arrière de 2024, point de départ de la confusion
Pendant plusieurs mois, un nombre croissant d'aéroports européens équipés de scanners tomographiques dits « C3 » avaient laissé leurs passagers embarquer avec des bouteilles bien plus volumineuses que le format réglementaire. Ces appareils permettaient jusqu'alors aux passagers de transporter des liquides sans aucune restriction et de les conserver avec leurs gros appareils électroniques dans leurs bagages de cabine aux points de contrôle de sécurité. Une petite révolution pour quiconque a déjà dû sacrifier un tube de dentifrice trop généreux devant un agent impassible.
Le rêve a pris fin brutalement à l'été 2024. La Commission européenne a temporairement imposé des restrictions sur le contrôle des liquides dans les aéroports de l'UE utilisant des systèmes de détection d'explosifs pour bagages cabine (EDSCB), qui permettaient jusqu'alors aux passagers de transporter des contenants liquides dépassant 100 ml, mais à compter du 1er septembre 2024, la taille maximale autorisée pour les contenants individuels de liquides est revenue au standard de 100 ml pour les aéroports exploitant ce type d'équipement. En clair, on a demandé aux voyageurs de revenir à la case départ, alors même que les scanners flambant neufs étaient toujours en place. Un comble.
Derrière cette décision, une alerte sécuritaire venue d'outre-Atlantique. En 2024, à la suite d'une alerte des autorités américaines sur la détection insuffisante d'un type d'explosif, les certificats de tous les scanners EDS Cabin avaient été suspendus. la technologie elle-même n'était pas remise en cause dans son principe, mais un doute technique sur la fiabilité des algorithmes de détection a suffi à tout geler du jour au lendemain. Les compagnies gestionnaires d'aéroports, qui avaient investi des sommes considérables dans ces machines, l'ont d'ailleurs mal digéré à l'époque.
Depuis juillet 2025, tout dépend du scanner installé
La situation s'est débloquée, mais de façon partielle et progressive. La Conférence européenne de l'aviation civile a de nouveau certifié, mi-juillet 2025, le système de contrôle cabine HI-SCAN 6040 CTiX de Smiths Detection, un équipement qui permet aux passagers de conserver en cabine jusqu'à deux litres de liquides, aérosols et gels, sans obligation de les sortir des bagages au contrôle. Seul problème : cette recertification ne concerne, pour l'instant, qu'un seul fabricant.
Le revirement de la Commission sème la confusion, car seuls les scanners fabriqués par une entreprise, la britannique Smiths Detection, peuvent être réutilisés, ce qui laisse de côté les aéroports ayant acheté des scanners coûteux auprès de concurrents comme Nuctech ou Rapiscan. Deux voyageurs partis du même pays, mais depuis des terminaux différents, peuvent ainsi vivre une expérience radicalement opposée au contrôle de sûreté. C'est exactement ce qui explique la mésaventure du flacon de 200 ml : accepté à l'aller dans un terminal équipé de scanners homologués, refusé au retour dans un terminal qui utilise encore du matériel non recertifié, ou tout simplement les anciens appareils à rayons X classiques.
En France, la prudence reste de mise. La règle permettant de voyager avec des liquides au-delà de 100 ml en cabine n'est pas encore en vigueur, malgré l'installation progressive de scanners CT dans certains aéroports comme Roissy-Charles de Gaulle et Orly. Le nombre d'appareils déployés reste d'ailleurs dérisoire au regard des besoins. À Orly et Roissy, on n'en compte qu'une dizaine, un nombre insuffisant pour équiper tout un terminal, le fournisseur prévoyant d'en installer une quarantaine supplémentaire à Paris, mais cela devrait prendre deux ans. Autant dire que la règle des 100 ml a de beaux jours devant elle sur le sol français, même si quelques files spécifiques commencent à s'en affranchir.
Pourquoi on ne vous rend jamais votre flacon confisqué
Vient la question qui fâche vraiment : pourquoi le personnel de sûreté ne propose-t-il jamais de consigne, ni de remboursement, quand un liquide est jugé non conforme ? La réponse tient en un mot : sécurité. Un objet écarté au poste de filtrage est considéré comme un risque potentiel dès l'instant où il a franchi la ligne de contrôle. Il ne peut ni être restitué au passager qui repart en zone publique (cela reviendrait à annuler le contrôle), ni être stocké dans une consigne classique, faute de personnel et de responsabilité juridique en cas de produit dangereux. Le flacon finit donc systématiquement à la poubelle prévue à cet effet, sans recours possible.
Ce système, hérité directement de la réglementation de 2006, n'a jamais prévu de mécanisme de compensation. La restriction sur les liquides en bagage cabine est en vigueur en Europe depuis 2006, instaurée après le déjouage d'un complot terroriste au Royaume-Uni visant à introduire des explosifs liquides dissimulés dans des bouteilles de boissons. Vingt ans plus tard, la logique sécuritaire prime toujours sur le confort du voyageur, même quand la technologie censée simplifier les choses est, paradoxalement, la source du problème.
Le seul réflexe fiable, en l'état actuel du déploiement, reste de vérifier au préalable la politique du terminal de départ, et pas seulement de l'aéroport dans sa globalité, avant de glisser un flacon hors norme dans son sac cabine. Un même aéroport peut abriter plusieurs zones de contrôle équipées différemment, et rien ne garantit qu'un format toléré à l'aller le sera encore au retour, même quelques jours plus tard. Le confort promis par les scanners nouvelle génération existe bel et bien, mais il reste, pour l'instant, une loterie géographique.
Sources : air-journal.fr | aeroportlemag.net


