À retenir
  • La Grèce prélève une taxe de durabilité touristique de 20 euros par passager à Mykonos et Santorin de juin à septembre.
  • Cette taxe varie de 1 à 20 euros selon la saison et le port, créant des différences importantes entre deux croisières identiques.
  • Trois escales à Rhodes, Crète et Patmos coûtent 15 euros de taxe, contre 60 euros pour Mykonos-Santorin et une troisième île.

Deux cabines identiques, une seule croisière, deux additions différentes au moment de fouler le quai de Mykonos. Le narrateur découvre la note en tout dernier, au pied de la passerelle, pendant que le couple voisin, embarqué sur le même bateau quelques semaines plus tôt dans la saison, en avait payé une bien plus légère. Entre les deux dates, la Grèce a changé de grille tarifaire sans prévenir grand monde.

Vingt euros par personne, quatre fois plus que dans la plupart des ports grecs.

Cette somme porte un nom officiel, la taxe de durabilité touristique, et elle ne date pas d’hier. Une taxe de 20 euros par passager des bateaux de croisière accostant à Santorin et Mykonos, deux des îles grecques les plus touristiques, est entrée en vigueur en juillet 2025, confirmée à l’époque par le ministère grec des Finances. D’après la réglementation, ce sont les croisiéristes qui paient ces taxes dans un premier temps et qui les répercutent ensuite sur les prix des billets payés par les voyageurs. Un an plus tard, en 2026, le dispositif tourne toujours à plein régime, sans changement de barème annoncé.

Le montant dépend entièrement de la date d’escale, et c’est précisément là que se niche la mauvaise surprise. Les voisins de cabine avaient simplement navigué à un autre moment du calendrier.

La grille officielle tient en trois paliers bien distincts :

  • Haute saison, du 1er juin au 30 septembre : 20 € pour un débarquement dans les ports de Mykonos et de Santorin, contre 5 € pour les autres ports.
  • Saison intermédiaire, en avril, mai et octobre : la taxe pour Mykonos et Santorin descend à 12 €, et à 3 € pour tous les autres ports.
  • Basse saison, de novembre à mars : 4 € pour Mykonos et Santorin, 1 € pour les autres ports.

Le calcul grimpe vite quand l’itinéraire enchaîne les stars des Cyclades. Un passager qui visite Santorin et Mykonos sur la même croisière en haute saison paiera 20 euros à chaque escale, soit 40 euros au total. Sur une semaine de navigation avec plusieurs arrêts dans l’archipel, la note grimpe sans que la compagnie n’ait rien à débourser elle-même.

Athènes ne cache pas ses ambitions financières derrière cette mesure. Le pays espère récolter jusqu’à 50 millions d’euros par an grâce à cette taxe, appliquée durant la haute saison touristique, du 1er juin au 30 septembre.

Payer plus cher n’a pourtant pas fait fuir les foules. Mykonos a reçu près de 1,3 million de visiteurs l’an dernier, en hausse de 8,4 %, tandis que Santorin, perchée sur son volcan, a dépassé elle aussi les 1,3 million de passagers, en progression de 4 %. Les bateaux continuent d’arriver, la taxe se paie, et les quais restent bondés en plein mois d’août.

Face à cette addition qui double dès qu’on cumule les deux îles vedettes, certains voyageurs recalculent leur trajet. Les compagnies, elles, réajustent aussi leurs escales vers des ports moins taxés du Dodécanèse.

Trois escales à Rhodes, en Crète et à Patmos ne coûtent que 15 euros de taxe par passager, contre 60 euros sur un triptyque Mykonos-Santorin-une troisième île phare. Naxos, restée hors du radar des grandes foules, profite justement du tarif plancher réservé aux ports secondaires. La différence se joue sur des dizaines d’euros par famille, cumulés sur une semaine de croisière.

Toutes les compagnies ne suivent pas ce mouvement de repli. Celestyal a confirmé son engagement à maintenir ses itinéraires existants, précisant que ses programmes 2026 et 2027 en Grèce restaient inchangés, sans modification prévue. Les recettes de la taxe seront réparties entre le ministère de l’Intérieur, qui redistribue aux municipalités, le ministère des Affaires maritimes et le ministère du Tourisme.

Le débarquement n’est pas systématiquement taxé. Seuls les enfants de moins de deux ans échappent à la taxe de débarquement lors des escales de croisière. Le personnel navigant en service et les cas d’urgence médicale bénéficient aussi d’une exemption. Chez MSC Croisières, la mécanique de paiement est automatisée : la compagnie règle directement la taxe aux autorités grecques puis ajoute le montant sur le compte de bord la veille de chaque escale en Grèce. C’est justement ce fonctionnement en coulisses qui explique pourquoi deux voisins de cabine, embarqués à des dates différentes, découvrent des montants sans commune mesure sur leur facture finale.

Avant de réserver, une question mérite d’être posée noir sur blanc à l’agence : la taxe portuaire figure-t-elle déjà dans le devis affiché, ou tombera-t-elle en supplément sur le compte de bord ? Viser l’intersaison, avril-mai ou octobre, permet de diviser la note par près de deux tout en profitant de quais moins encombrés à Petite Venise comme sur le sentier d’Oia.

Le secteur, lui, ne semble pas franchement pénalisé par la mesure. Les recettes du tourisme de croisière en Grèce ont grimpé de 22,4 % sur un an, pour atteindre 1,11 milliard d’euros. Vingt euros glissés sur une facture d’escale, à l’échelle d’un secteur qui pèse plus d’un milliard, ça reste une goutte d’eau dans le budget des compagnies, beaucoup moins dans celui des vacanciers.