Un teinturier ne raccroche jamais une housse plastique dans son propre placard : ce qu'il fait en rentrant chez lui prend ...

Un teinturier ne raccroche jamais une housse plastique dans son propre placard : ce qu'il fait en rentrant chez lui prend dix secondes et change tout

Mise à jour : 22 septembre 2026

Ce geste, les professionnels du nettoyage à sec le répètent sans même y penser : dès qu'ils rentrent chez eux, ils retirent la housse plastique de leurs propres vêtements pressés. Ce n'est pas une habitude anodine. C'est une précaution directement liée au perchloroéthylène, le solvant utilisé dans la plupart des pressings pour le nettoyage à sec.

Ce composé chimique, aussi appelé tétrachloroéthylène, imprègne les fibres textiles pendant le nettoyage. Le perchloroéthylène est classé cancérogène probable pour l'homme par le CIRC (Groupe 2A). Une fois le vêtement traité, une partie du solvant reste piégée dans le tissu et continue de s'évaporer lentement, y compris après le retour à la maison.

À retenir
  • Le perchloroéthylène utilisé en nettoyage à sec reste piégé dans les fibres et s'évapore lentement après le pressage.
  • La housse plastique retient les vapeurs contre le tissu et prolonge l'exposition aux résidus chimiques à l'intérieur du placard.
  • Retirer la housse et aérer les vêtements dans un espace ventilé pendant 24 heures élimine efficacement le solvant résiduel.

La housse en plastique aggrave le problème

C'est là que la housse plastique entre en jeu, et pas dans le bon sens. Plutôt que de laisser le solvant résiduel s'échapper progressivement dans l'air ambiant d'une pièce ventilée, l'enveloppe hermétique retient les vapeurs contre le tissu. Le vêtement continue alors de dégazer, mais dans un espace confiné, ce qui prolonge le contact entre la peau et les résidus chimiques.

Une étude de l'université de Georgetown, menée par le chercheur Paul Roepe, a mesuré ce phénomène sur des vêtements en laine. Les chercheurs ont constaté que la concentration du produit chimique sur la laine avait diminué de moitié environ après une semaine, même à l'intérieur d'un sac plastique. Ce résultat suggère que le perchloroéthylène s'évapore du vêtement et se diffuse dans le logement.

Le sac ne bloque donc pas l'évaporation. Il la retarde et la concentre.

Des vapeurs qui ne restent jamais totalement inoffensives

Les effets d'une exposition, même modérée, sont documentés depuis des décennies. Les symptômes associés à l'exposition comprennent une dépression du système nerveux central, des atteintes du foie et des reins, des troubles de la mémoire, de la confusion, des vertiges, des maux de tête, de la somnolence, ainsi qu'une irritation des yeux, du nez et de la gorge. Rien d'alarmant pour une exposition ponctuelle et brève, mais l'accumulation dans un placard fermé change la donne.

Le cas le plus marquant reste celui d'une habitante de Nice. En décembre 2010, une information judiciaire pour homicide involontaire a été ouverte suite au décès de José-Anne Bernard, 72 ans, morte le jour de Noël 2009 d'un arrêt cardiaque. Les émanations de perchloréthylène utilisées par le pressing situé sous son appartement étaient directement en cause. Un cas extrême, lié à une exposition prolongée et à des installations défaillantes, mais qui a poussé les autorités françaises à durcir la réglementation.

Depuis, la France a progressivement restreint l'usage de ce solvant. Il est désormais interdit, depuis le 1er mars 2013, d'installer toute nouvelle machine de nettoyage à sec fonctionnant au perchloroéthylène dans des locaux contigus à des locaux occupés par des tiers. De nombreux pressings ont basculé vers des procédés alternatifs, moins volatils.

Le geste des dix secondes à reproduire chez soi

Retirer la housse plastique dès le retour à la maison ne suffit pas à lui seul. Il faut aussi laisser le vêtement respirer, à l'écart du reste de la garde-robe.

La recommandation la plus citée par les spécialistes du secteur consiste à suspendre le vêtement dans un espace ventilé, séparé des autres pièces du dressing, pendant plusieurs heures avant de le ranger définitivement. Il est conseillé de retirer les housses plastiques et d'aérer les vêtements à l'extérieur ou dans un endroit bien ventilé, en laissant de l'espace entre chaque pièce, idéalement pendant 24 heures avant de les rentrer chez soi. Un balcon, une buanderie ou même simplement une fenêtre entrouverte suffisent à accélérer cette dissipation.

Certains textiles méritent une attention particulière. Les articles plus épais comme les couettes, les oreillers et les manteaux lourds demandent plus de précaution, car ils nécessitent davantage de temps pour évacuer complètement les vapeurs de perchloroéthylène. Une étude française allait dans le même sens dès les années 1990, en identifiant les couettes, duvets et rideaux comme des matières qui retiennent particulièrement bien le solvant.

Dix secondes. C'est le temps qu'il faut pour arracher ce plastique en franchissant sa porte d'entrée.

Le réflexe vaut aussi pour les vêtements portés directement sur la peau, comme les vestes de tailleur ou les manteaux d'hiver. Le contact cutané prolongé avec des résidus de solvant, même en faible quantité, reste une voie d'exposition identifiée par les toxicologues. Autant laisser le tissu s'aérer complètement avant de l'enfiler, plutôt que de le sortir directement de son sac au moment de partir travailler.

Un dernier point mérite d'être signalé : l'odeur caractéristique du pressing, souvent perçue comme un signe de propreté, correspond en réalité à la présence résiduelle du solvant dans les fibres. Plus cette odeur persiste longtemps après le déballage, plus il est judicieux de prolonger l'aération avant de ranger la pièce dans un espace confiné.

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