Ce maillot qui pendait aux hanches en juin n'a rien d'un hasard de saison. Le responsable n'est ni le placard, ni le lavage du printemps : c'est le geste manqué l'été précédent, au bord du bassin ou sur le sable. L'élasthanne, ce fil qui donne au maillot sa capacité à épouser le corps, est chimiquement une matière fragile, une fibre synthétique faite d'un polyuréthane élastique, résistante mais moins que le latex naturel.
Le maillot semblait sec, mais le chlore continuait d'agir.
- L'élasthanne perd 50 % de son élasticité après 50 à 80 heures de contact avec de l'eau chlorée sans rinçage
- Le rinçage immédiat à l'eau froide élimine le chlore actif et prévient la dégradation des fibres
- Le soleil et la chaleur détruisent les liaisons chimiques de l'élasthanne 2,3 fois plus vite que le chlore seul
Le chlore ne s'évapore pas dans l'air
L'hypochlorite de sodium utilisé pour désinfecter les bassins est un oxydant puissant qui attaque directement les liaisons polyuréthane des fibres d'élasthanne. Le processus est sournois parce qu'il ne se voit pas : il est progressif et invisible à l'œil nu, chaque exposition non rincée affaiblissant un peu plus la structure moléculaire de la fibre. Le maillot a l'air neuf, il tient encore la forme sur le cintre, mais chaque longueur de bassin grignote un peu plus sa capacité à revenir à sa taille initiale. Les chiffres donnent le vertige : après 50 à 80 heures cumulées de contact avec de l'eau chlorée sans rinçage, un maillot standard perd environ 50 % de son élasticité d'origine.
Un maillot de bain classique est composé à environ 80 % de polyester ou de nylon et à 20 % d'élasthanne, cette dernière fibre étant celle qui donne le maintien mais aussi la plus fragile face au chlore et au soleil. Après 300 heures de chlore et d'exposition au soleil, soit environ 35 journées d'été, la résistance d'un maillot de bain peut chuter de 65 %.
Avec en moyenne deux entraînements par semaine, un maillot contenant de l'élasthanne est mort en moins de trois mois.
Le rinçage oublié, le vrai coupable
Rincer systématiquement à l'eau claire dès la sortie de l'eau élimine les résidus de chlore, sel et sable qui accélèrent la dégradation des fibres. Il suffit de passer le maillot sous la douche de la piscine ou un robinet d'eau froide, en pressant et relâchant plusieurs fois pour faire circuler l'eau à travers les fibres. L'objectif unique est d'évacuer le chlore actif encore présent dans le tissu, même si le maillot semble déjà sec au toucher.
Il ne faut jamais l'essorer en le tordant mais le presser entre deux serviettes, car la torsion casse les fibres élastiques de façon irréversible. Le réflexe de la machine à laver, essorage compris, achève ce que le bassin a commencé.
Trente secondes sous l'eau froide, et rien ne se serait passé.
Le soleil, complice silencieux du séchage
Une étude du Hohenstein Institute, en Allemagne, a montré que l'élasthanne exposé au chlore puis aux UV se dégrade 2,3 fois plus vite que l'élasthanne exposé à un seul de ces deux facteurs. Selon un expert du textile de l'université RMIT, la chaleur rend les fibres cassantes et étire les composants en élasthanne. Le raisonnement est le même que pour n'importe quel vêtement en spandex : la chaleur détruit les liaisons chimiques qui donnent l'élasticité, alors que le froid les préserve. Le maillot qui sèche en plein soleil, chlore encore imprégné dans les fibres, cumule donc deux agressions au lieu d'une. Un balcon en plein midi, exactement le pire endroit possible.
Sécher à l'ombre, à plat, évite les décolorations causées par les rayons UV et la détérioration due à la chaleur directe. Le sèche-linge détruit l'élasthanne et déforme le maillot. Rangés pliés dans une housse en tissu ou une pochette respirante plutôt que dans un sac plastique hermétique qui favorise l'humidité et les odeurs, les maillots tiennent mieux d'une saison sur l'autre.
Le sel de mer, lui, est abrasif : en séchant, il cristallise et cisaille les fibres microscopiques du tissu. Non rincé, il a tendance à dilater l'élasthanne, si bien que le maillot perd son élasticité et se déforme.
Un élasthanne réellement attaqué par le chlore, la chaleur ou le sèche-linge ne revient pas : on peut améliorer l'aspect du tissu, jamais recréer sa mémoire de forme. Alterner deux maillots plutôt que de porter toujours le même prolonge réellement la tenue, car la fibre a le temps de se stabiliser entre deux expositions. Celui de cet été est fichu, mais le prochain mérite le geste dès la première baignade.
Source : planetezerodechet.fr


