Huit millions de visiteurs par an pour à peine plus de cent vingt mille habitants : c’est le rapport de force qui écrase Bruges chaque été. Bruges reçoit chaque année 8 millions de touristes, pour moins de 120 000 habitants. Sur le Rozenhoedkaai, le point de vue le plus photographié de la ville, il faut parfois patienter de longues minutes pour caler son cliché entre deux groupes guidés.
La solution tient en un aller simple.
Un Intercity plus tard, changement de décor total. Les quais se vident, les façades à pignons se reflètent sans interférence dans l’eau, et le château fort qui domine la ville semble avoir été oublié par les foules. Cette ville, c’est Gand, et elle se trouve à peine plus loin que la ligne 1 du métro parisien ne l’est de son terminus.
- Bruges reçoit 69 touristes par habitant annuellement, un ratio plus élevé que Dubrovnik
- Gand se trouve à 25 minutes de train de Bruges avec des canaux tout aussi beaux mais quasi déserts
- Le Graslei, le Korenlei et le Gravensteen offrent une expérience médiévale authentique sans bousculade
Bruges, victime de son image de carte postale
La cité flamande classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis l’an 2000 paie le prix de sa perfection médiévale. Sur les 8,3 millions de visiteurs recensés, 6 millions arrivent par bateaux de croisière et passent en moyenne trois heures dans la ville. Trois heures pour cocher le beffroi, le Markt et quelques photos devant les canaux, avant de repartir vers le prochain arrêt du circuit.
Rapporté au nombre d’habitants, l’effet de saturation devient presque mathématique. En 2023, un record de plus de 8,3 millions de personnes ont visité cette ville de près de 120 000 habitants, soit l’équivalent de 69 touristes par habitant, un ratio plus élevé que Dubrovnik. Face à cet afflux, la municipalité a fini par réagir concrètement.
La ville interdit désormais tout nouvel hôtel ou location saisonnière dans le centre historique. Un quota limite aussi le trafic maritime. Depuis 2019, Bruges rationne les arrivées par la mer, avec seulement deux bateaux de croisière autorisés par jour.
Gand, la sœur discrète à 25 minutes de train
Peu de voyageurs de passage en Belgique pensent à pousser jusqu’à Gand, pourtant à portée d’un simple aller-retour. Gand n’est qu’à 30 minutes de train de Bruxelles et 25 minutes de Bruges. La gare centrale de Gand-Saint-Pierre dessert un centre historique tout aussi dense en canaux, guildes marchandes et clochers gothiques, mais avec une fréquentation sans commune mesure.
Le contraste saute aux yeux dès les premiers pas dans la vieille ville. Ici, pas de files devant les vitrines à chocolats ni de bousculade pour photographier une façade. Les Gantois eux-mêmes semblent y flâner davantage que les touristes, un rapport inversé qui change toute l’ambiance d’une visite. Une guide voyage résume bien la comparaison spontanée que font la plupart des visiteurs : Gand est l’une des plus belles villes de Belgique, presque aussi jolie que Bruges mais plus authentique.
Résultat : on marche, on regarde, on respire.
Graslei, Korenlei et le Gravensteen, le trio sans bousculade
Le cœur de la balade se joue sur deux quais qui se font face de part et d’autre de la Lys. Le Graslei et le Korenlei offrent le plus bel alignement de façades à pignon de la ville. Les maisons de guildes, certaines datant du XIIe siècle pour les plus anciennes fondations commerciales du port médiéval, se succèdent sans interruption sur plusieurs centaines de mètres.
À dix minutes de marche, le Gravensteen impose sa silhouette de pierre grise, douves comprises. C’est le seul château du Moyen Âge en Flandre qui a conservé son système de défense à peu près intact. L’intérieur se visite avec un audioguide dont la tonalité surprend agréablement, puisque la version narrée par l’humoriste Wouter Deprez est celle que la plupart des visiteurs internationaux choisissent en anglais. Comptez une bonne heure et demie pour grimper jusqu’au sommet du donjon, où la vue embrasse les trois tours emblématiques de la ville. L’entrée coûte 10 euros pour un adulte, audioguide compris.
Pour changer de perspective, rien ne vaut l’eau elle-même. Les croisières sur les canaux durent environ 40 à 50 minutes et permettent d’admirer les façades des maisons de corporations et le château des Comtes en passant sous les ponts emblématiques.
Organiser l’échappée sans complication
La logistique tient sur un billet de train et une paire de baskets confortables. Les liaisons entre les deux villes sont fréquentes tout au long de la journée, ce qui permet de composer son propre équilibre entre les deux ambiances. Beaucoup de voyageurs choisissent de poser leurs valises à Bruges le soir, quand les cars sont repartis, et de consacrer une journée entière à Gand pendant les heures les plus fréquentées.
La marche depuis la gare vers le centre historique se fait sans effort. Il faut compter environ 25 minutes à pied depuis la gare de Gand-Saint-Pierre en longeant le quai du Graslei.
Reste un détail qui change tout selon la saison choisie : les bus touristiques et bateaux de croisière qui saturent Bruges en été désertent largement la ville entre octobre et mars, période où le ratio de 69 touristes par habitant retombe à des niveaux bien plus respirables, sans que Gand, elle, ne connaisse jamais ce pic estival.
Sources : fr.statista.com | omio.fr







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