Supreme s’allie à ce label japonais discret : une collaboration où les matières éclipsent les logos

Trouver une collaboration streetwear qui ne mise pas tout sur un gros logo imprimé en travers d’un hoodie, c’est devenu presque un exercice de style à part entière. Après des années de partenariats calibrés pour le drop et la revente immédiate, Supreme change de registre en cette rentrée et s’associe à A.PRESSE, une maison japonaise fondée en 2021 dont le nom ne dira sans doute rien à la majorité du grand public.

Pas de campagne tapageuse, pas de multiplication des références au box logo : le géant du streetwear a choisi de s’effacer derrière les matières, les patines et un savoir-faire tailleur venu de Tokyo. Une approche suffisamment rare dans l’écosystème Supreme pour mériter qu’on s’y attarde.

À retenir
  • Supreme s’associe à A.PRESSE, marque japonaise fondée en 2021 par Kazuma Shigematsu, spécialisée dans le vestiaire militaire et workwear haut de gamme
  • La collection Fall 2026 comprend notamment des vestes en cuir calfskin et cowhide, un M-65 et un pantalon cargo camouflage teint main, un costume coton-soie, ainsi que des accessoires comme un bonnet en cachemire
  • Disponible depuis le 10 septembre (sortie asiatique le 12), la collection affiche des prix élevés, comme la veste en calfskin vendue 4 498 dollars

A.presse, le pari discret de Supreme sur l’avenir du vintage japonais

Pour comprendre l’intérêt de cette alliance, il faut d’abord s’attarder sur A.PRESSE elle-même. Fondée par Kazuma Shigematsu en 2021, la marque s’est construite une réputation discrète autour d’une idée simple : réinterpréter le vestiaire militaire, le workwear et les pièces de tailleur américaines à travers des tissus développés sur mesure et une construction particulièrement soignée. Rien à voir avec les reproductions vintage qu’on trouve parfois sur les portants de certaines enseignes populaires : ici, chaque pièce fait l’objet d’un travail méticuleux sur la matière, la coupe et la finition. C’est justement cette philosophie du détail qui a séduit Supreme, habitué depuis des années à collaborer avec des institutions déjà installées comme Comme des Garçons, Maison Margiela ou encore des maisons japonaises reconnues comme WTAPS ou Undercover.Choisir A.PRESSE, c’est donc un pari différent : celui de mettre en lumière une marque montante encore confidentielle plutôt que de capitaliser sur un nom déjà connu du grand public. Une manière aussi de rappeler que l’exigence sur les matières peut parfois compter davantage qu’un logo reconnaissable entre mille.

Calfskin, camouflage peint à la main et soie : la collection décryptée pièce par pièce

La pièce la plus spectaculaire de cette collection reste sans doute la veste en cuir, déclinée en deux versions bien distinctes. Le modèle en calfskin (cuir de veau) joue la carte de la sobriété avec une finition noire et un intérieur matelassé blanc, tandis que la version en cowhide (cuir de vachette) assume des blocs de couleurs rouge et bleu, complétés par l’inscription PARK VIEW dans le dos. Deux silhouettes identiques, deux textures et deux ambiances totalement opposées. L’influence militaire se poursuit avec le M-65 et le pantalon cargo, tous deux proposés en version noire classique et en camouflage olive teint entièrement à la main, une technique artisanale fidèle à l’approche vintage d’A.PRESSE. Le savoir-faire tailleur d’A.PRESSE s’exprime, lui, à travers un costume noir construit dans un mélange coton-soie, associé à une chemise blanche confectionnée en coton pin Oxford David & John Anderson, référence au tissage britannique haut de gamme. Côté vestiaire plus décontracté, on retrouve un sweat à capuche zippé décliné en noir, orange, rouge et camouflage olive, doublé de coton gaufré pour l’aspect thermique, ainsi qu’un t-shirt graphique en blanc et noir orné d’une photographie originale d’Ari Marcopoulos.Les accessoires viennent compléter l’ensemble avec une casquette camp camouflage, un bonnet en cachemire décliné en rouge, noir et marron, et un porte-clés Classic en argent sterling de 20 pouces. Cette approche par les accessoires n’est pas anodine : elle permet de rappeler, sans forcer, que la marque reste bien Supreme, sans pour autant écraser l’identité d’A.PRESSE.

Une collaboration qui redéfinit les règles du jeu pour Supreme

Ce qui rend cette collaboration particulièrement intéressante, c’est aussi son positionnement tarifaire, puisque la veste en cuir calfskin se situe à près de 4 500 dollars, un tarif qui se rapproche davantage des prix habituels d’A.PRESSE que de ceux généralement pratiqués par Supreme. On est loin du hoodie à logo accessible pour la file d’attente du samedi matin : ici, la collection s’adresse à un public déjà sensibilisé aux questions de matière et de construction, plus proche de l’amateur de vestiaire japonais que du collectionneur de streetwear classique.

Produite au Japon, au Portugal et aux États-Unis, avec des coupes personnalisées développées conjointement par les deux équipes, la collection porte la marque d’un vrai travail commun plutôt que d’un simple habillage graphique posé sur des silhouettes existantes. Pour Supreme, c’est une manière de sortir de sa zone de confort habituelle et de prouver que la marque peut aussi soutenir des projets plus pointus, moins immédiatement identifiables, mais tout aussi porteurs de sens. Pour A.PRESSE, c’est l’occasion de gagner une visibilité qu’elle n’aurait probablement pas obtenue seule, tout en conservant l’intégralité de son identité créative.

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