Je me suis assis sur les marches de la place d’Espagne juste pour souffler entre deux visites à Rome : deux minutes plus tard, la police municipale m’annonçait une amende qui pouvait aller jusqu’à 400 €

Depuis 2019, s’asseoir sur les marches de la place d’Espagne est interdit, avec des amendes de 150 à 400 euros. La règle vise l’escalier monumental de la Trinité-des-Monts, l’un des lieux les plus photographiés de Rome. Ceux qui y posent leurs affaires, leurs sacs de courses ou leurs jambes fatiguées s’exposent à une verbalisation.

Deux minutes assis suffisent pour qu’un agent s’approche.

À retenir
  • L’ordonnance interdisant de s’asseoir sur les marches de la Trinité-des-Monts est en vigueur depuis juillet 2019 avec des amendes de 150 à 400 euros.
  • Les 135 marches en travertin, restaurées en 2016 avec 1,5 million d’euros, sont particulièrement fragiles face aux taches et salissures.
  • Des cafés environnants et la Villa Borghese offrent des alternatives légales pour se reposer sans risque de verbalisation.

Ce que prévoit le règlement de police urbaine

L’ordonnance est entrée en vigueur le 8 juillet 2019, mais les contrôles n’ont réellement commencé que début août. Le texte interdit de s’installer dans des lieux publics « de manière indécente ou contraire au décorum », et de s’asseoir en consommant des aliments ou des boissons sur des biens du patrimoine historique, artistique ou monumental. Les fontaines et les escaliers sont explicitement visés. Dès les premiers jours, des policiers sifflaient les touristes tentés de s’asseoir sur les célèbres marches.

Le montant de l’amende varie selon les sources. Les médias français parlent de 150 euros, pouvant monter à 400 euros en cas de comportement grave. D’autres, citant l’agence italienne ANSA, évoquent 250 euros, portés à 400 si les marches sont salies ou abîmées.

Dans tous les cas, 400 euros constituent le plafond. Cela représente à peu près le prix de deux nuits d’hôtel dans le centre de Rome en pleine saison, une pause bien chère pour une paire de chaussures qui chauffe.

L’escalier lui-même ne ferme pas. Il est ouvert 24 heures sur 24, gratuit, et rester debout dessus est autorisé. Manger et boire y sont aussi proscrits, tout comme faire rouler une valise à roulettes sur les marches.

Un escalier remis à neuf, donc surveillé de près

Pour comprendre la sévérité de la mesure, il faut remonter à la restauration. L’escalier a été rouvert au public en septembre 2016, après un an de travaux. Le chantier a coûté environ 1,5 million d’euros, financés par la maison de joaillerie Bulgari à l’occasion de ses 130 ans. Noircie par la pollution et souillée par les chewing-gums, les taches de vin et de café, la Scalinata avait retrouvé sa blancheur d’origine. Les autorités romaines ne veulent pas revoir cet état.

Le matériau explique aussi la prudence. Les 135 marches sont en travertin, une pierre calcaire poreuse, construites entre 1723 et 1725. Une pierre de ce type absorbe facilement les liquides colorés et les graisses, ce qui rend les taches difficiles à effacer sans un nettoyage lourd. Le même constat vaut pour un plan de travail en pierre naturelle chez soi, où un verre de vin renversé laisse parfois une trace durable.

La mesure n’a pas fait l’unanimité.

Le critique d’art Vittorio Sgarbi jugeait l’interdiction de s’asseoir « vraiment excessive », même s’il approuvait celle de manger. La maire de l’époque, Virginia Raggi, avait préféré laisser l’escalier accessible jour et nuit plutôt que de le fermer la nuit, en promettant des contrôles de police pour éviter les dégradations. La verbalisation est donc le prix à payer pour garder un site ouvert.

Appliquée, mais pas toujours avec la même fermeté

Sur place, l’application semble inégale. Un voyageur raconte avoir vu beaucoup de gens assis et des policiers discuter près de la fontaine sans réagir. Ce témoignage ne change rien au texte, et il ne protège personne le jour où un agent décide de verbaliser. Compter sur la tolérance revient à parier 400 euros sur l’humeur d’un contrôle.

Rome reste pourtant une ville où il faut bien s’arrêter quelque part. Les cafés alentour facturent environ 5 euros l’espresso avec vue sur l’escalier. Une terrasse offre un siège légal et une pause de vingt minutes pour le prix de deux euros de plus que le café du comptoir, ce qui reste un tarif touristique mais très inférieur à l’amende. Les jardins de la Villa Borghese, à quelques centaines de mètres au-dessus de la Trinité-des-Monts, comptent aussi des bancs.

La place d’Espagne n’est d’ailleurs pas un cas isolé en Italie. Rome a déjà interdit de se baigner dans la fontaine de Trevi, Florence limite le fait de manger dans certaines rues, et Venise a décidé d’écarter les très gros paquebots de son centre historique. Prévoir une pause assise ailleurs fait donc partie de la préparation d’un séjour italien, au même titre que les horaires de visite.

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