Ce qui chauffait au milieu de la pile, c’était l’huile. Ni le sèche-linge ni la commode n’y étaient pour grand-chose. Le coupable était le résidu d’huile de massage que le lavage n’avait pas délogé, en train de s’oxyder dans un coton encore tiède.
Les pompiers appellent ça l’auto-échauffement.
- L’oxydation des acides gras insaturés dans l’huile de massage dégage de la chaleur, qui s’accumule dans les serviettes pliées et empilées
- Le lavage à moins de 40 °C ne retire pas toute l’huile, augmentant le risque d’auto-échauffement au séchage
- Étendre chaque serviette bien déployée à l’air libre prévient le phénomène, mieux qu’un passage au sèche-linge
Ce qui se passe au cœur d’une pile de serviettes
Les huiles végétales de massage contiennent des acides gras insaturés, qui réagissent lentement avec l’oxygène de l’air. Cette oxydation dégage de la chaleur, qui se dissipe d’ordinaire sans conséquence. Mais dans une serviette éponge, l’huile se retrouve étalée sur des milliers de fibres, donc exposée à beaucoup plus d’air. Une fois les serviettes pliées et empilées, le tissu joue les isolants : la chaleur reste coincée, la réaction s’accélère, et elle produit encore plus de chaleur.
Le sèche-linge ne fait que donner le coup d’envoi. L’oxydation va d’autant plus vite que le tissu est déjà chaud, et une serviette qui sort du tambour l’est forcément.
En 1991, la Consumer Product Safety Commission américaine et Whirlpool ont étudié le phénomène sur du linge de maison. Des serviettes contaminées par 20 % d’huile végétale insaturée pouvaient s’enflammer après avoir été lavées, séchées, pliées puis empilées, et la réaction démarrait d’autant plus vite que la teneur en huile était forte. Même des serviettes séchées sur un fil, puis rangées pliées à 120 °F (environ 49 °C), ont montré une réaction exothermique en 30 heures, ce que peut atteindre une commode près d’un radiateur ou sous un toit en été.
Le lavage ne retire pas toujours toute l’huile
Le lavage ne retire pas toujours toute l’huile, préviennent les autorités de Tasmanie.
L’assureur américain Great American recommande un lavage à 104 °F au minimum, soit 40 °C. En dessous, l’huile se mélange mal à la lessive et reste dans les fibres, ce qui augmente le risque au séchage. Le même assureur cite un centre de remise en forme dont l’incendie, parti de draps de massage passés au sèche-linge, a coûté environ un million de dollars et immobilisé l’établissement plus de six mois.
En France, la fédération professionnelle des pressings et blanchisseries (FFPB) a fait état de départs de feu sur du linge lavé en milieu aqueux, passé au séchoir à tambour, puis laissé dans une panière en attendant d’être plié le lendemain. Les textiles en cause étaient des serviettes éponges d’un institut de soin et des torchons de restaurant. En Cornouailles, en mai 2022, les pompiers ont été appelés pour un bâtiment qui se remplissait de fumée. Ils ont trouvé des serviettes lavées, séchées au tambour puis rangées dans un sac, enflammées par les résidus d’huile de massage.
Les gestes qui coupent court au risque
Un linge qui sent encore l’huile après lavage n’a rien à faire dans le tambour. La notice du sèche-linge et celle du lave-linge méritent aussi un coup d’œil, car les assureurs renvoient aux consignes du fabricant pour les textiles exposés à des huiles.
Pour sécher, mieux vaut étendre chaque serviette bien déployée, dehors si possible, jamais en boule. Des pompiers québécois conseillent de suspendre le linge plutôt que de le laisser chiffonné, pour que le produit s’évapore. Si l’odeur d’huile persiste, un second lavage, le plus chaud que l’étiquette autorise, vaut mieux que le séchage en machine.
Le tambour reste chaud après l’arrêt : videz-le tout de suite.
Avant le lavage, le stockage compte autant. Les serviettes grasses ne doivent pas s’entasser dans un panier fermé pendant des jours : l’assureur Great American conseille de les traiter sans attendre, ou de les garder dehors dans un récipient métallique à couvercle, loin de tout matériau combustible. Un organisme suisse de prévention incendie propose de les faire tremper dans l’eau.
Si une pile sent le brûlé ou paraît anormalement chaude, appelez le 18. Dans un cas américain rapporté par un assureur, un tas de serviettes simplement tiède à la caméra thermique a pris feu quand on l’a remué.
Le phénomène reste rare, et les spécialistes soulignent qu’il se produit surtout dans les spas, les instituts et les blanchisseries qui traitent de gros volumes. Il suffit pourtant d’une charge mal lavée pour qu’il se déclenche à la maison. Une fois l’huile complètement durcie à l’air, le danger disparaît, selon le bureau suisse de prévention des incendies, mais ce durcissement peut prendre du temps, et c’est justement pendant cette période que la pile chauffe.
Sources : greatamericaninsurancegroup.com | ffpb.fr







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