Les traces jaunes qui courent le long des plis d’une chemise blanche, découvertes en février au fond de l’armoire, ne trahissent ni la transpiration ni un lavage bâclé. Le responsable est le film plastique de la housse du pressing, ou plutôt un antioxydant qu’il contient, le BHT. Les professionnels du textile connaissent le mécanisme. La housse sert à transporter la chemise, pas à la ranger tout l’hiver.
Le BHT s’évapore à température ambiante et migre vers les objets proches.
- Le BHT présent dans le film plastique des housses réagit avec les oxydes d’azote pour créer un jaunissement jaune canari irréversible à long terme.
- La housse doit être retirée le jour même du pressing et la chemise aérée plusieurs heures avant de rejoindre l’armoire.
- Le rangement en armoire nécessite un cintre large avec espace libre ou une housse en coton, dans un lieu bien ventilé et sec.
Une réaction chimique qui se joue dans le noir
Le polyéthylène des housses contient du butylhydroxytoluène (BHT), qui sert d’antioxydant et de conservateur anti-vieillissement. Ce composé ne reste pas dans le film. Il passe peu à peu sur le tissu, où il réagit avec les oxydes d’azote. Le produit de cette réaction est d’un jaune intense, que les techniciens du textile comparent à un jaune canari ou citron.
L’industrie appelle ça le jaunissement phénolique. Il fait l’objet d’une norme d’essai, l’ISO 105-X18, où l’échantillon est scellé dans un film polyéthylène et chauffé à 50 °C pendant 16 heures.
Les oxydes d’azote proviennent surtout de la combustion : trafic routier, chauffages, moteurs diesel. La réaction se concentre autour des ouvertures, des perforations et des trous du film. Sur une chemise sous housse, les plis sont les premiers exposés : le coton y est comprimé contre le plastique, et l’air y circule mal.
Chaleur, humidité et lessive alcaline accélèrent la réaction.
La réaction s’accélère avec la température, l’humidité et un tissu au pH alcalin. Une chemise encore tiède de vapeur, glissée sous plastique puis rangée dans une armoire fermée, réunit presque toutes les conditions. Le scénario classique des entrepôts textiles est le même : tissu vaporisé, enveloppé de polyéthylène, stocké dans l’obscurité.
Ce que fait le teinturier avant de suspendre
Son geste découle directement de cette chimie, et il tient en trois temps. D’abord, la housse sort dès le retour du pressing, le soir même. La chemise passe ensuite quelques heures sur un cintre, à l’air libre, dans une pièce aérée, le temps que la vapeur du repassage et l’humidité résiduelle s’évacuent.
Vient la vérification : col, poignets et plis doivent être secs au toucher, sans zone fraîche. Un doute, et la chemise attend. Ensuite seulement elle rejoint l’armoire, sur un cintre large, avec de l’espace de chaque côté, ou dans une housse en coton ou en tissu non tissé, matières qui ne contiennent pas de BHT. Les spécialistes du textile recommandent une température ambiante et un lieu bien ventilé.
Le carton n’est pas un refuge sûr. Les antioxydants phénoliques se retrouvent aussi dans les emballages en papier, comme le carton ondulé. Une boîte sous le lit n’est donc pas une meilleure option qu’une housse plastique.
Les adoucissants à base d’amines apportent eux aussi de l’azote sur la fibre. Sur des chemises blanches destinées à dormir plusieurs mois, mieux vaut en limiter l’usage.
Des taches déjà installées : tout n’est pas perdu
Le phénomène est réversible, surtout s’il est récent.
Les spécialistes du textile précisent que cette forme de jaunissement est réversible. Lors d’essais, la zone jaunie retrouvait son blanc d’origine après un traitement acide, puis rejaunissait à la moindre goutte d’alcalin. La signature chimique est nette. Reste à en tirer un geste prudent : un rinçage final au vinaigre blanc très dilué, testé d’abord sur un coin discret, est une piste logique, la plupart des lessives étant plutôt alcalines.
Plus le jaune s’installe longtemps, plus il est difficile à déloger, et plusieurs sources conseillent de ne pas laisser les choses aller jusque-là. Une chemise sortie de l’armoire avec des auréoles le long des plis doit donc être relavée rapidement, avant de repartir au pressing avec un message clair sur l’origine de la tache. La pollution atmosphérique, surtout en zone urbaine ou industrielle, ajoute son propre effet.
Toutes les housses ne sont pas fautives : il existe des emballages certifiés sans BHT. Mais rien, à l’œil nu, ne distingue un film chargé en BHT d’un film qui n’en contient pas.
Source : remedes-de-grand-mere.com







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